Les troubles musculosquelettiques ne se résument pas à un problème de douleur individuelle. Lorsqu’une gêne limite certains gestes, complique une tâche ou réduit les capacités nécessaires au travail, ses conséquences peuvent progressivement toucher l’organisation de l’entreprise.
Un TMS peut contribuer à un arrêt de travail. Plusieurs situations de ce type peuvent ensuite peser sur l’absentéisme, les équipes, les plannings ou la continuité de l’activité.
Comprendre ces distinctions permet de mieux interpréter les chiffres et surtout de savoir où agir : sur la situation de travail, sur les besoins individuels du salarié, ou sur les deux.
Douleur, TMS et maladie professionnelle : trois notions à ne pas confondre
- Douleur musculosquelettique
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Il s’agit d’abord d’un symptôme. Une gêne au dos, à l’épaule ou au poignet pendant ou après le travail ne suffit pas à conclure qu’il s’agit d’un TMS professionnel.
- Trouble musculosquelettique
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Les TMS sont des atteintes de l’appareil locomoteur. Ils peuvent se manifester notamment par des douleurs, une gêne fonctionnelle, une diminution de la force ou certaines difficultés de mouvement.
- Maladie professionnelle reconnue
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Il s’agit d’un statut de reconnaissance dans un cadre administratif précis. Les statistiques de l’Assurance Maladie ne recensent donc ni toutes les douleurs ressenties au travail, ni tous les TMS existant dans la population.
Les TMS sont généralement multifactoriels : contraintes physiques, organisation du travail, facteurs psychosociaux, environnement et caractéristiques individuelles peuvent se combiner.
Source : INRS — Troubles musculosquelettiques (TMS), ce qu’il faut retenir.
Comment un TMS peut-il finir par perturber le travail ?
Entre l’apparition d’une douleur et un arrêt de travail, il existe plusieurs étapes possibles.
Le point décisif n’est pas seulement la présence d’une douleur, mais son retentissement fonctionnel : ce que la personne peut encore faire, ce qui devient plus difficile et ce que son travail exige réellement.
Comment une gêne peut-elle retentir sur le travail ?
Un enchaînement possible, mais jamais automatique.
- Symptômes ou gêne : douleur, raideur, perte de force ou gêne dans certains mouvements peuvent être présentes.
- Limitation fonctionnelle éventuelle : certains gestes ou certaines activités peuvent devenir plus difficiles.
- Difficulté sur certaines tâches : le retentissement dépend directement du travail réellement demandé.
- Adaptation possible : une adaptation temporaire du travail, une prise en charge adaptée ou une évolution favorable peuvent parfois permettre de poursuivre l’activité.
- Arrêt parfois nécessaire : lorsque l’état de santé n’est plus compatible avec certaines tâches ou avec le poste.
- Conséquences organisationnelles possibles : remplacement, modification du planning ou redistribution temporaire de certaines tâches.
Un salarié peut également rester présent tout en travaillant avec une gêne qui ralentit certaines tâches ou lui demande davantage d’efforts. Les conséquences des TMS ne se limitent donc pas aux seules journées d’absence.
Pourquoi les TMS peuvent-ils contribuer à l’absentéisme ?
L’absentéisme est un indicateur collectif qui regroupe des absences dont les causes peuvent être très différentes. Les TMS ne l’expliquent donc jamais à eux seuls.
Ils peuvent néanmoins y contribuer lorsque leurs conséquences deviennent incompatibles avec certaines activités professionnelles.
Pour le salarié
- certains gestes peuvent devenir plus difficiles ;
- une adaptation du travail peut devenir nécessaire ;
- un arrêt peut parfois être indiqué ;
- dans certaines situations, le maintien ou la reprise du poste peuvent devenir plus complexes.
Pour l’entreprise
- modification des plannings ;
- remplacement d’un salarié absent ;
- redistribution temporaire des tâches ;
- charge supplémentaire pour certains collègues ;
- perte momentanée de compétences sur un poste ;
- difficultés de continuité ou d’organisation.
Que montrent réellement les chiffres sur les TMS en entreprise ?
Les données nationales permettent de mesurer l’importance du problème, à condition de conserver leur périmètre.
Ces données montrent le poids considérable des TMS parmi les maladies professionnelles comptabilisées dans ce régime.
Elles ne signifient pas que 44 723 personnes représentent l’ensemble des salariés souffrant d’un TMS en France.
L’Assurance Maladie indique également plus de 20 millions de journées de travail perdues pour l’ensemble constitué des TMS et des lombalgies liées aux manutentions manuelles.
Ce périmètre doit être conservé : il serait incorrect de transformer ce chiffre en « 20 millions de journées d’absence dues uniquement aux TMS ».
Source : Assurance Maladie – Risques professionnels, rapport annuel 2024.
Combien les TMS coûtent-ils réellement à une entreprise ?
Il n’existe pas un « coût d’un TMS » universel.
Des conséquences relativement directes
- arrêts de travail ;
- remplacement ou réorganisation ;
- tarification AT/MP dans certaines situations.
Des conséquences plus difficiles à chiffrer
- temps consacré à rechercher une solution ;
- redistribution des tâches ;
- retards éventuels ;
- baisse temporaire de capacité ;
- difficultés de transmission de certaines compétences.
Deux entreprises confrontées au même nombre de jours d’absence peuvent donc subir des conséquences très différentes.
Donnée nationale ou indicateur d’entreprise : que peut-on réellement en conclure ?
Les deux sont utiles, mais ils ne répondent pas à la même question.
| Question | Donnée nationale | Indicateur de l’entreprise |
|---|---|---|
| À quoi sert-il ? | Situer l’ampleur d’un phénomène dans une population et un périmètre définis. | Observer ce qui évolue réellement dans l’organisation. |
| Exemples | Maladies professionnelles reconnues liées aux TMS ou journées de travail perdues dans un périmètre national défini. | Évolution des absences, leur durée, situations récurrentes, adaptations ou actions de prévention. |
| Ce qu’il permet | Donner du contexte et apprécier l’importance générale du sujet. | Repérer des tendances locales et suivre leur évolution. |
| Ce qu’il ne prouve pas | Le coût réel des TMS dans une entreprise précise. | Qu’une intervention isolée explique à elle seule une évolution. |
Point de prudence : une évolution après une action mérite d’être observée, mais elle ne prouve pas automatiquement que cette action en est la cause. Ces indicateurs ne permettent pas non plus de calculer un retour sur investissement universel.
Quels indicateurs suivre sans tirer de conclusions trop rapides ?
Une politique de prévention gagne à être évaluée à partir d’indicateurs adaptés à l’entreprise.
Selon la structure, il peut être utile d’observer :
- les absences : fréquence, durée et évolution ;
- les situations récurrentes : postes, ateliers ou activités concernés ;
- les adaptations : besoins qui reviennent régulièrement ;
- les actions de prévention : ce qui a réellement été mis en place ;
- l’évolution des contraintes : avant et après les changements réalisés.
Prévenir les TMS : agir sur les situations de travail
Lorsque plusieurs salariés rencontrent des difficultés comparables, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur des consultations individuelles.
L’INRS structure la démarche de prévention autour de plusieurs temps :
- s’engager dans une démarche de prévention ;
- réaliser un état des lieux ;
- analyser les situations de travail ;
- transformer les situations identifiées et évaluer les résultats.
Organisation, équipements, outils, sollicitations physiques, rythme, récupération ou marges de manœuvre peuvent notamment faire partie de l’analyse.
Cela évite de résumer la prévention à une seule solution : changer un siège, corriger une posture, proposer des étirements ou organiser des consultations.
Pour approfondir les facteurs de risque et les différents niveaux de prévention, voir notre article « Ostéopathie en entreprise et TMS : quelle place dans la prévention ? ».
Source : INRS — Démarche de prévention des TMS.
Quand la difficulté menace le maintien ou le retour au travail
Pour certains salariés, le problème ne se limite plus à quelques jours de gêne.
Lorsque l’état de santé rend la reprise difficile ou nécessite une adaptation durable, la question du maintien dans l’emploi devient centrale.
Il ne s’agit donc plus uniquement de traiter une douleur, mais de rechercher des conditions de travail compatibles avec l’état de santé de la personne.
Quelle place pour l’ostéopathie ?
Une démarche collective de prévention et une consultation individuelle ne répondent pas au même besoin. Elles peuvent néanmoins être complémentaires.
Une place complémentaire
Ce que l’ostéopathie peut apporter : pour certaines plaintes musculosquelettiques compatibles avec son champ de pratique, l’ostéopathe peut évaluer la plainte et son retentissement fonctionnel, proposer une prise en charge adaptée lorsqu’elle est pertinente, apporter des conseils et orienter si nécessaire.
Ce qu’elle ne remplace pas : l’analyse du travail, une adaptation de poste, la médecine du travail ou une rééducation lorsqu’elle est indiquée.
Une consultation individuelle ne permet pas non plus de promettre une réduction du taux d’absentéisme de l’entreprise. Un bénéfice possible pour une personne et un résultat collectif sur les arrêts de travail sont deux niveaux différents.
Pour approfondir cette distinction, voir notre article consacré aux apports et limites de l’ostéopathie en entreprise.
En résumé
L’enjeu est donc de mesurer sans simplifier, prévenir en agissant sur le travail et accompagner individuellement les salariés lorsque cela est nécessaire.
L’ostéopathie peut trouver sa place dans ce deuxième niveau pour certaines plaintes fonctionnelles, en complément des autres interventions et sans promesse sur l’absentéisme.
Pour les entreprises situées autour d’Auray, de Vannes et dans le Golfe du Morbihan qui souhaitent étudier la mise en place de consultations directement sur le lieu de travail, les modalités sont présentées sur la page « Ostéopathie en entreprise dans le Morbihan ».
