Vous sortez d'une consultation avec quelques exercices à réaliser chez vous. Vous avez compris à quoi ils servent, vous êtes d'accord pour les faire et vous avez même l'intention de vous y mettre sérieusement.
Puis le quotidien reprend. Le travail, les trajets, la famille, la fatigue… Un soir, vous n'avez pas le temps. Le lendemain, vous oubliez. Quelques jours plus tard, vous ne savez plus exactement comment réaliser un mouvement. Et lorsque vous repensez à vos exercices, vous vous demandez pourquoi vous n'arrivez pas à vous y tenir.
Pourtant, vous savez qu'ils pourraient vous aider.
Et si, au lieu de chercher simplement à être plus discipliné, on cherchait à comprendre ce qui vous empêche réellement de faire ces exercices ?
Pourquoi savoir que les exercices sont utiles ne suffit-il pas à les faire ?
Une personne peut être convaincue de l'intérêt de sa rééducation et rencontrer malgré tout des difficultés pour suivre son programme. Avoir envie de faire quelque chose ne garantit pas qu'on dispose du temps, de l'énergie, des moyens ou de la confiance nécessaires pour le faire.
Les recherches consacrées à la rééducation par l'exercice identifient différents obstacles : contraintes de temps, douleurs, problèmes de santé, caractéristiques du programme ou difficultés liées au contexte personnel. Elles soulignent aussi le rôle possible de la confiance dans sa capacité à agir et des bénéfices attendus. Ces facteurs varient d'une personne à l'autre.
On utilise parfois les termes observance ou adhésion pour parler du suivi des recommandations. Mais ces mots ne doivent pas faire oublier l'essentiel : derrière un programme d'exercices, il y a une personne avec ses besoins, ses possibilités et ses contraintes.
Ne pas réaliser ses exercices ne signifie donc pas automatiquement être paresseux ou manquer de volonté. Cela ne signifie pas non plus que les exercices sont inutiles.
C'est plutôt un signal qu'il peut être intéressant de comprendre.
Le manque de temps, la fatigue et la charge mentale : des obstacles bien réels
« Je n'ai pas le temps. »
Cette explication peut sembler banale, mais elle mérite d'être prise au sérieux.
Une journée peut déjà être remplie entre le travail, les déplacements, les enfants, les tâches domestiques ou les responsabilités envers un proche. Ajouter des exercices, même recommandés pour la santé, demande une place supplémentaire dans cette organisation.
Et le temps n'est pas le seul problème.
Après une journée fatigante, il peut être difficile de se concentrer sur des mouvements qui demandent de l'attention. Lorsqu'on dort mal, qu'on a mal ou qu'on traverse une période de stress, les ressources disponibles peuvent être encore plus limitées.
Les conditions matérielles comptent également : ne pas disposer d'un espace adapté, manquer du matériel nécessaire, vivre avec des horaires irréguliers ou dépendre d'une aide extérieure peut compliquer la pratique.
L'Inserm décrit notamment le fardeau du traitement dans le contexte des maladies chroniques : les soins et les recommandations peuvent représenter un travail supplémentaire pour les personnes concernées. Ce constat ne s'applique pas de manière identique à tous les patients, mais il rappelle qu'une recommandation doit aussi être envisagée dans la réalité de la vie quotidienne.
Il y a aussi les oublis.
Lorsque les exercices ne font pas encore partie des habitudes, il faut penser à les réaliser, trouver le bon moment, se souvenir des consignes et parfois préparer un espace ou du matériel. Cela multiplie les occasions de reporter.
Un rappel sur le téléphone peut être utile si le problème principal est l'oubli. En revanche, il ne résoudra pas à lui seul un manque de temps, une fatigue importante ou un exercice que l'on appréhende.
Quand la douleur, la peur ou le manque de confiance freinent les exercices
Faire des exercices pour aller mieux peut sembler contradictoire lorsque certains mouvements provoquent de la douleur.
Vous pouvez vous demander si vous réalisez correctement le geste, si vous risquez d'aggraver votre problème ou si votre corps est prêt à supporter l'effort.
Ces interrogations peuvent rendre la pratique difficile, même avec une réelle volonté de progresser.
La douleur n'est pas toujours un indicateur simple de l'état des tissus. Selon la situation, son intensité peut être influencée par différents facteurs, notamment les expériences précédentes, les attentes, la fatigue et le contexte dans lequel un mouvement est réalisé.
Mais cela ne signifie pas que toute douleur pendant un exercice est normale ou sans conséquence.
L'important est de comprendre ce qui est attendu dans votre programme : quelles sensations peuvent éventuellement accompagner certains mouvements, quelles réactions méritent une adaptation et lesquelles doivent conduire à demander un avis.
Lorsque la douleur est persistante, la peur de bouger peut également prendre de la place. Pour approfondir cette question, notre article consacré à la douleur persistante permet de mieux comprendre pourquoi une douleur peut durer ou revenir.
Une expérience douloureuse antérieure, un mouvement que l'on pense mal exécuter ou la crainte d'une nouvelle blessure peuvent aussi diminuer la confiance.
Dans ces situations, la réponse n'est ni de forcer systématiquement, ni d'abandonner toute activité sans chercher à comprendre.
Comprendre les réactions de son corps fait partie de la démarche. Il n'est pas nécessaire de transformer chaque exercice en épreuve à surmonter.
Et si le programme lui-même était difficile à suivre ?
On peut également rencontrer des difficultés parce que le programme ne paraît pas suffisamment clair ou réalisable.
Imaginez que vous receviez plusieurs exercices différents. Vous comprenez chacun d'eux pendant la consultation, mais une fois chez vous, certains détails deviennent flous.
Quel mouvement faut-il réaliser en premier ? Quelle position adopter ? Comment savoir si le geste est correctement exécuté ? Que faire lorsqu'on ne dispose pas du matériel prévu ?
Il peut aussi être difficile de comprendre l'objectif de chaque exercice ou son lien avec ce que l'on souhaite retrouver : marcher plus confortablement, reprendre une activité, utiliser son bras ou accomplir certains gestes du quotidien.
Dans ces situations, le problème ne vient pas nécessairement du patient. Les explications, la quantité d'exercices, leur difficulté et leurs modalités peuvent mériter d'être rediscutées.
Cela ne signifie pas qu'un programme exigeant est automatiquement inadapté. Certains objectifs de rééducation nécessitent une progression précise, de la répétition et un travail parfois contraignant.
Mais un programme pertinent sur le plan clinique doit aussi tenir compte des possibilités réelles de la personne à qui il s'adresse.
À distinguer
Il est également utile de distinguer deux objectifs qui peuvent se compléter sans être interchangeables : bouger davantage dans sa vie quotidienne et réaliser des exercices thérapeutiques ciblés. Marcher plus ou reprendre une activité générale peut avoir un intérêt, mais cela ne remplace pas automatiquement un programme de rééducation individualisé.
Lorsqu'un obstacle concerne directement votre programme, le plus utile est d'en parler au professionnel qui l'a proposé, plutôt que de supprimer ou modifier seul certains exercices.
Comment rendre les exercices plus faciles à intégrer dans son quotidien ?
Il n'existe pas de recette magique qui fonctionnerait pour tout le monde.
En revanche, plusieurs pistes peuvent être explorées pour mieux comprendre les difficultés et rechercher des solutions adaptées.
Identifier l'obstacle principal
Avant de changer toute votre organisation, posez-vous une question simple : qu'est-ce qui vous empêche le plus souvent de faire vos exercices ?
- Est-ce le manque de temps ?
- La fatigue ?
- L'oubli ?
- La peur d'avoir mal ?
- Le doute sur la bonne manière de réaliser les mouvements ?
- Ou le fait de ne pas comprendre suffisamment leur intérêt ?
Selon la réponse, les solutions à envisager ne seront pas les mêmes.
Un rappel peut aider à ne pas oublier. Une explication supplémentaire peut clarifier les consignes. Un échange avec le kinésithérapeute peut permettre de revoir un programme difficile à intégrer dans le quotidien.
Chercher à résoudre le mauvais problème risque surtout d'ajouter de la frustration.
Chercher une organisation réaliste plutôt qu'un planning idéal
Certaines personnes préfèrent associer leurs exercices à un moment déjà présent dans la journée. D'autres trouvent plus pratique de prévoir un créneau particulier, de disposer d'un support écrit ou de recevoir des rappels.
Ces possibilités peuvent être envisagées, mais elles n'ont pas toutes le même intérêt pour chaque personne.
Il peut aussi être utile de noter ce qui pose problème entre deux consultations : une consigne oubliée, un exercice impossible à installer chez soi, une douleur inhabituelle ou un moment de la journée qui ne convient pas.
Ces observations pourront servir de point de départ à une discussion avec le professionnel responsable.
Si la difficulté concerne la durée, la fréquence ou la complexité des exercices, mieux vaut en parler avec lui. L'objectif n'est pas de réduire arbitrairement un programme, mais de déterminer quelles adaptations restent compatibles avec sa finalité thérapeutique.
Un programme peut également nécessiter une réévaluation lorsque les circonstances personnelles ou l'état de santé évoluent.
Ne pas attendre une motivation parfaite
La motivation varie. Certains jours, vous pouvez vous sentir disponible et confiant ; d'autres jours, beaucoup moins.
Construire une organisation qui ne dépend pas uniquement de l'envie du moment peut aider certaines personnes. Mais il n'est pas nécessaire de transformer cette démarche en règle rigide ou en nouvelle source de pression.
Les recherches sur les stratégies destinées à améliorer l'adhésion aux exercices suggèrent des bénéfices possibles pour certaines formes d'accompagnement, de supervision ou de soutien comportemental. Les effets restent cependant variables, et les études ne permettent pas de désigner une solution universellement efficace.
Une synthèse portant plus précisément sur les personnes souffrant de lombalgie retrouve d'ailleurs des résultats incertains concernant l'amélioration de l'adhésion elle-même, même si certaines interventions peuvent apporter de petits bénéfices cliniques à moyen terme.
L'essentiel n'est donc pas de multiplier les applications, les alarmes et les méthodes d'organisation. C'est de rechercher ce qui correspond à vos obstacles réels.
Comment parler à son kinésithérapeute lorsqu'on n'arrive pas à faire ses exercices ?
On peut être tenté de répondre que tout se passe bien, même lorsqu'on a réalisé très peu d'exercices entre deux consultations.
Par gêne, par peur de décevoir ou simplement parce qu'on pense que le professionnel attend une certaine régularité.
Pourtant, savoir ce qui a réellement été fait — et ce qui ne l'a pas été — peut être une information utile pour adapter la rééducation.
Vous pouvez, par exemple, expliquer les choses simplement :
Ce type d'échange permet de déplacer la discussion. Il ne s'agit plus seulement de savoir si vous avez suivi les consignes, mais de comprendre pourquoi leur application a été difficile.
Plusieurs points peuvent être abordés ensemble :
- Quels sont les objectifs précis des exercices proposés ?
- Quels mouvements ou consignes nécessitent une nouvelle démonstration ?
- Quels obstacles rendent le programme difficile à réaliser ?
- Quelles adaptations seraient possibles sans compromettre les objectifs de la rééducation ?
- Quelles réactions doivent conduire à reprendre contact ou à demander une réévaluation ?
Cette démarche rejoint le principe de décision partagée : le professionnel apporte ses connaissances et son évaluation clinique, tandis que le patient apporte ses objectifs, ses préférences et la réalité de son quotidien.
La Haute Autorité de Santé souligne l'importance des échanges d'informations et de la participation du patient aux décisions concernant sa santé.
Être acteur de sa rééducation ne signifie pas devoir tout réussir seul. Cela signifie aussi pouvoir dire ce qui est difficile, demander des explications et participer aux choix qui vous concernent.
Quand faut-il réévaluer la situation et quelle place pour l'ostéopathie ?
Lorsque les exercices font partie d'une rééducation structurée, le kinésithérapeute est un interlocuteur privilégié pour vérifier leur réalisation, discuter de leur progression et envisager les adaptations nécessaires.
Si les difficultés persistent, il peut être utile de revoir avec lui les objectifs du programme et les obstacles rencontrés.
Certaines situations demandent également une évaluation médicale : symptômes nouveaux ou inhabituels, aggravation importante, limitation fonctionnelle qui évolue défavorablement ou contexte médical nécessitant une surveillance particulière.
Les consignes reçues après une opération ou dans le cadre d'une maladie particulière doivent toujours être respectées. Un article général ne permet pas de décider à distance quelles restrictions peuvent être levées ni comment modifier un protocole de rééducation.
L'apport complémentaire possible de l'ostéopathie
Lorsqu'une douleur musculosquelettique, une raideur ou une gêne fonctionnelle compatible complique certains mouvements, une consultation ostéopathique peut aussi être envisagée en parallèle du suivi déjà engagé, si aucune prise en charge médicale prioritaire ne s'y oppose.
L'ostéopathe peut notamment prendre le temps de préciser les symptômes et les circonstances dans lesquelles ils apparaissent, examiner les mouvements qui posent problème, évaluer certaines limitations fonctionnelles et tenir compte des appréhensions exprimées.
Selon les résultats de son évaluation, il peut proposer une prise en charge relevant de son champ de compétences, des explications ou des conseils adaptés, et orienter vers un autre professionnel lorsque cela est nécessaire.
L'objectif peut être d'accompagner une gêne fonctionnelle, de rechercher davantage de confort ou d'aider le patient à mieux comprendre certaines difficultés liées au mouvement.
Cette approche reste complémentaire. Elle ne remplace ni les exercices thérapeutiques lorsqu'ils sont indiqués, ni le suivi du kinésithérapeute, ni une évaluation médicale nécessaire. Elle ne garantit pas non plus une meilleure régularité dans la réalisation des exercices.
Les professionnels peuvent ainsi intervenir avec des objectifs différents, mais cohérents : la question importante reste de savoir de quoi vous avez réellement besoin dans votre situation.
Il n'y a pas de recette magique, mais il peut y avoir une démarche adaptée à chacun
Si vous n'arrivez pas à faire vos exercices recommandés, le problème n'est pas forcément votre motivation.
Le temps, la fatigue, la douleur, la peur, les habitudes, la compréhension des consignes ou les caractéristiques du programme peuvent tous intervenir. Parfois, plusieurs obstacles se cumulent.
Chercher à les identifier est souvent plus utile que de se fixer une nouvelle règle de discipline impossible à tenir.
Un programme d'exercices doit répondre à un objectif de santé, mais il doit aussi pouvoir trouver sa place dans une vie réelle. Lorsque ce n'est pas le cas, en parler avec le professionnel concerné permet de rechercher les adaptations pertinentes, sans improviser une nouvelle prescription.
L'ostéopathie peut avoir sa place en complément lorsqu'une gêne fonctionnelle compatible le justifie, tandis que la rééducation et le suivi médical conservent leurs rôles propres.
La bonne question n'est peut-être donc pas : « Pourquoi est-ce que je manque de volonté ? »
