Une Urgence ? Nous écrire

Faire le même geste pendant une grande partie de la journée peut donner une impression assez intuitive : à force, le corps finirait forcément par « s’user ».

À l’inverse, on entend aussi que le corps s’adapte à ce qu’on lui demande et qu’il suffit de s’habituer.

Pour comprendre pourquoi un travail peut être bien toléré pendant longtemps puis devenir fatigant ou douloureux, il faut regarder l’exposition dans son ensemble : fréquence des gestes, effort demandé, durée, cadence, positions utilisées, récupération, capacités de la personne et organisation du travail.

La répétition compte. Mais elle ne compte jamais seule.

Répéter un geste ne veut pas dire « user » son corps

Notre corps n’est pas une machine dont chaque mouvement retirerait une petite quantité de durée de vie.

Bouger, saisir, pousser, tirer, porter ou répéter un mouvement constitue aussi une sollicitation à laquelle l’organisme peut s’adapter. Les capacités motrices évoluent, les muscles peuvent gagner en force ou en endurance et différents tissus peuvent répondre aux contraintes auxquelles ils sont régulièrement exposés.

Cette adaptation n’est toutefois ni identique dans tous les tissus, ni instantanée, ni sans limite.

L’erreur serait donc de remplacer une croyance par une autre :

La question utile devient plutôt : qu’est-ce que ce travail demande réellement au corps, et avec quelle marge pour y répondre et récupérer ?

Le risque dépend de l’exposition réelle, pas seulement du geste

Deux personnes peuvent sembler effectuer le même mouvement sans être exposées aux mêmes contraintes.

Un geste léger réalisé ponctuellement n’a pas le même sens que ce même geste répété rapidement pendant plusieurs heures, avec davantage d’effort et peu de possibilités de ralentir ou de changer d’activité.

Pour comprendre une situation de travail répétitive, plusieurs éléments doivent donc être considérés ensemble :

C’est aussi pour cette raison que les troubles musculosquelettiques liés au travail sont considérés comme multifactoriels.

Les contraintes biomécaniques comptent, mais elles ne sont pas seules. L’organisation du travail, les exigences temporelles, l’autonomie, les relations professionnelles ou d’autres facteurs psychosociaux peuvent également participer à la situation.

Source : INRS — Facteurs de risque des troubles musculosquelettiques.

Cela ne veut pas dire que « les TMS viennent du stress ».

Cela signifie qu’un trouble professionnel ne se comprend pas toujours en isolant un tendon, une posture ou un mouvement de tout le reste.

Pourquoi un geste bien toléré pendant des années peut-il devenir douloureux ?

Lorsqu’un geste a été réalisé pendant des années sans problème, l’apparition d’une douleur peut sembler prouver qu’il a fini par « user » une région.

Ce n’est pas la seule explication possible.

Le geste paraît parfois identique alors que l’exposition a changé.

La cadence peut avoir augmenté. Le nombre de tâches peut être plus important. Un nouvel outil peut demander davantage de force. Les possibilités de varier les mouvements peuvent être plus faibles. Les périodes de récupération peuvent avoir changé.

Les capacités disponibles peuvent également évoluer : reprise après une interruption, modification de l’activité physique, nouvelle charge professionnelle, fatigue générale ou autre changement récent.

Un mouvement peut être bien toléré dans un contexte et devenir plus difficile dans un autre, sans que le geste soit devenu intrinsèquement « mauvais ».

Cette manière de raisonner est plus utile que de chercher un mouvement interdit ou une posture parfaite.

Fatigue, douleur et TMS : trois choses différentes

Ces trois notions sont souvent mélangées. Pourtant, elles ne décrivent pas la même chose.

La fatigue

Après avoir sollicité longtemps les mêmes groupes musculaires, il est possible de ressentir une lourdeur, une baisse temporaire de capacité, une sensation d’effort ou simplement le besoin de récupérer.

Cette fatigue n’est pas, à elle seule, la preuve d’une lésion ou d’un trouble musculosquelettique.

La douleur

La douleur est un symptôme.

Elle doit être replacée dans son contexte, mais elle ne permet pas à elle seule de mesurer l’état d’un tissu ni d’identifier automatiquement une cause unique.

Une douleur apparaissant pendant ou après le travail n’équivaut donc pas automatiquement à un TMS professionnel.

Les troubles musculosquelettiques

Les TMS regroupent différentes atteintes de l’appareil locomoteur pouvant notamment concerner les muscles, les tendons, les nerfs et les structures autour des articulations.

Ils peuvent se manifester par une douleur, mais aussi par une gêne fonctionnelle, une raideur, une diminution de force ou d’autres symptômes selon l’affection concernée.

Source : INRS — Troubles musculosquelettiques et facteurs de risque.

Les TMS ne constituent pas une maladie unique répondant toujours aux mêmes facteurs de risque.

Tous les TMS ne réagissent pas de la même manière à la répétition

La recherche scientifique permet d’illustrer concrètement cette différence.

Pour le syndrome du canal carpien, les études prospectives regroupées dans une revue systématique retrouvent notamment une association avec des expositions professionnelles élevées à la répétition et à la force.

Source : Hassan et al., 2022 — Work-relatedness of carpal tunnel syndrome.

Pour l’épicondylalgie latérale, souvent appelée « tennis elbow », la répétition prise isolément ne ressort pas de la même manière dans la synthèse prospective retenue. D’autres caractéristiques de l’exposition, notamment certaines contraintes combinées et certains mouvements de l’avant-bras, semblent davantage pertinentes.

Source : Bretschneider et al., 2022 — Work-relatedness of lateral epicondylitis.

Ces exemples ne permettent pas de prédire ce qui arrivera à une personne donnée.

Ils montrent surtout pourquoi l’équation « beaucoup de répétitions = TMS » est insuffisante.

La région sollicitée, l’effort demandé, la durée, la cadence et l’ensemble du contexte professionnel comptent.

Existe-t-il un nombre de répétitions dangereux ?

Il serait pratique de pouvoir tracer une frontière : en dessous d’un certain nombre de mouvements, aucun problème ; au-dessus, le corps commencerait à s’abîmer.

Les connaissances disponibles ne permettent pas de définir un nombre universel de répétitions jouant ce rôle.

Des relations entre quantité d’exposition et risque peuvent exister dans certaines situations précises, mais elles dépendent du trouble étudié et de la manière dont l’exposition est mesurée.

Faire trente mouvements légers par minute n’est pas équivalent à effectuer trente gestes demandant une force importante ou une amplitude très différente.

Le nombre ne suffit donc pas.

Les seuils du C2P ne sont pas des seuils médicaux

En France, le Code du travail définit un travail répétitif dans le cadre du compte professionnel de prévention lorsqu’il implique des mouvements répétés sollicitant tout ou partie du membre supérieur, à fréquence élevée et sous cadence contrainte.

Dans ce cadre réglementaire, les seuils d’intensité retiennent :

avec une durée minimale d’exposition fixée à 900 heures par an.

Source réglementaire : Légifrance — article D4163-2 du Code du travail.

Une personne située juste en dessous d’un seuil réglementaire n’est pas biologiquement garantie sans risque. Franchir ce seuil ne signifie pas non plus qu’un TMS va nécessairement apparaître.

Le droit a besoin de critères pour définir certaines expositions. Le fonctionnement du corps n’obéit pas à un interrupteur.

Prévenir les TMS : agir sur le travail avant de chercher une recette

Lorsqu’une activité professionnelle devient difficile, le premier réflexe ne devrait pas être seulement : « Comment dois-je mieux me tenir ? » ou « Quel exercice dois-je faire pour supporter mon travail ? »

La prévention des TMS repose d’abord sur l’analyse de la situation réelle de travail.

Elle peut amener à examiner :

L’objectif n’est pas de trouver une règle universelle, mais d’identifier les facteurs qui contribuent réellement à l’exposition et ceux qui peuvent être modifiés.

Source : INRS — Démarche de prévention des troubles musculosquelettiques.

Pauses et alternance : des leviers possibles, pas une minuterie universelle

Les pauses et les changements de tâche peuvent avoir du sens lorsqu’ils permettent réellement de modifier l’exposition ou de récupérer.

Mais changer d’activité pour solliciter immédiatement les mêmes régions de la même manière n’apporte pas nécessairement beaucoup de variation.

De même, les données disponibles ne permettent pas d’établir une fréquence universelle de micro-pauses qui préviendrait les TMS chez tous les travailleurs.

Source : Cochrane, 2025 — interventions portant sur les pauses de travail.

Cela ne signifie pas que les pauses seraient inutiles.

Cela signifie qu’elles doivent être pensées dans le contexte du travail plutôt que comme une prescription valable pour tout le monde.

Renforcer son corps peut aider, mais ne règle pas tout

Améliorer ses capacités physiques peut être utile.

Chez certains travailleurs manuels, les études regroupées suggèrent qu’un programme d’exercice peut notamment améliorer la douleur ou le handicap, avec des résultats qui restent variables selon les programmes et les populations étudiées.

Source : Bullo et al., 2024 — exercice et troubles musculosquelettiques chez les travailleurs manuels.

Développer sa force ou son endurance peut donc augmenter les capacités disponibles pour certaines tâches.

Mais cela ne doit pas devenir une manière de faire porter toute la prévention sur le travailleur.

Être plus fort ne rend pas une personne capable de compenser sans limite une exposition professionnelle inadaptée.

Prévenir un TMS ne consiste donc ni à supprimer toute contrainte, ni à apprendre au corps à tout supporter.

Quand des symptômes liés au travail méritent-ils une évaluation ?

Une fatigue ponctuelle après une journée exigeante n’impose pas automatiquement un parcours médical.

En revanche, une évaluation devient plus pertinente lorsque les symptômes :

Selon la situation, un avis médical peut permettre de préciser le diagnostic et la prise en charge.

Source : Assurance Maladie — symptômes, diagnostic et évolution des TMS.

Tout le monde n’a cependant pas besoin du même parcours.

La conduite à tenir dépend de la plainte, de son évolution, du retentissement sur les activités et de ce qu’il faut réellement évaluer.

Quelle place pour l’ostéopathie lorsqu’une douleur apparaît au travail ?

Une douleur apparue au travail ne signifie pas qu’une région se serait simplement « déplacée » ou qu’il suffirait de la remettre en place.

Mais une consultation ostéopathique peut avoir une place réelle lorsqu’il existe une plainte musculosquelettique fonctionnelle compatible avec son champ de compétence.

Elle peut être envisagée en parallèle des autres démarches utiles.

L’ostéopathe peut notamment faire le point sur :

Selon la situation, la prise en charge peut associer une approche manuelle dans le champ de l’ostéopathie, des conseils adaptés et un accompagnement visant notamment le confort, la mobilité ou la fonction.

Elle permet également de réévaluer la situation et d’orienter lorsque les symptômes nécessitent une autre prise en charge.

L’ostéopathie occupe ici un rôle complémentaire.

Elle ne remplace pas un diagnostic médical lorsqu’il est nécessaire, une rééducation indiquée ni l’action sur une situation professionnelle qui doit être modifiée.

Ces démarches ne s’opposent pas : agir sur une plainte fonctionnelle et agir sur les conditions dans lesquelles elle survient peuvent relever de deux dimensions complémentaires.

En résumé

Faire le même geste toute la journée ne signifie pas que le corps « s’use » mécaniquement à chaque répétition.

Mais sa capacité d’adaptation ne permet pas non plus de supporter indéfiniment n’importe quelle exposition.

La répétition compte, mais elle ne compte jamais seule.

Force, durée, cadence, positions utilisées, récupération, capacités individuelles et organisation du travail modifient la manière dont une tâche est tolérée. Et leur importance varie selon le trouble musculosquelettique considéré.

Il n’existe donc pas un nombre magique de gestes séparant un travail « sûr » d’un travail « dangereux ».

Lorsque des symptômes apparaissent, la question la plus utile est souvent moins « quel geste m’a abîmé ? » que : qu’est-ce qui a changé dans mon exposition, mes capacités ou mon contexte de travail, et sur quoi peut-on agir ?

Selon la situation, la réponse peut associer une modification du travail, une évaluation médicale, une rééducation ou une prise en charge ostéopathique complémentaire.

Le corps possède de grandes capacités d’adaptation.

L’objectif n’est pas de lui demander de tout supporter, mais de trouver une exposition avec laquelle ses capacités peuvent réellement composer.

Les auteurs de l'article - Les Ostéo du Golfe

Les Auteurs : L'équipe Les Ostéo du Golfe

L’équipe des Ostéo du Golfe réunit des ostéopathes exerçant à Auray et Vannes, avec une approche centrée sur l’écoute, l’examen clinique et l’accompagnement adapté à chaque patient.

Le cabinet propose des consultations au cabinet, mais aussi des consultations à domicile et des interventions en entreprise, selon les besoins, le contexte et les possibilités d’organisation.

Les articles du blog sont rédigés dans l’esprit du cabinet : aider les patients à mieux comprendre leurs douleurs, leurs gênes fonctionnelles et les situations dans lesquelles il peut être utile de consulter. Ils s’appuient sur une lecture prudente des connaissances disponibles, sur l’expérience clinique de Vadim, Victoire et Thibault, et sur une attention constante aux signes nécessitant un avis médical.

Les auteurs de l'article - Les Ostéo du Golfe
Comment nous écrire - Les Ostéo du Golfe
Comment nous écrire - Les Ostéo du Golfe

Comment nous écrire et transmettre un document ?

Pour toute question liée à votre santé, à votre suivi ou pour transmettre un document médical, nous vous invitons à utiliser la messagerie sécurisée du cabinet.

Ce canal permet de préserver la confidentialité des échanges et de nous transmettre les informations utiles à votre prise en charge : compte rendu, examen complémentaire, ordonnance, courrier médical ou précision avant une consultation.

Si vous hésitez sur le bon canal à utiliser, vous pouvez consulter notre page Contact, qui regroupe les différentes options pour nous écrire, prendre rendez-vous ou transmettre une demande.

Envoyer un message ou un document

Comment prendre rendez-vous - Les Ostéo du Golfe

Comment prendre rendez-vous ?

Pour prendre rendez-vous avec Les Ostéo du Golfe, le plus simple est d’utiliser la réservation en ligne. Vous pouvez choisir un créneau au cabinet à Auray ou à Vannes, selon vos disponibilités et celles des praticiens.

Avant de réserver, vous pouvez consulter nos horaires et nos tarifs, notamment si vous souhaitez connaître les créneaux proposés en soirée, le week-end ou les jours fériés.

Prendre rendez-vous au cabinet

Pour une demande de consultation à domicile, vous pouvez nous transmettre votre demande via la messagerie sécurisée, en précisant votre adresse, vos disponibilités et le motif de consultation.

Demander une consultation à domicile

Les consultations sont proposées 7 jours sur 7, selon les disponibilités. En cas d’imprévu, vous pouvez modifier ou annuler votre rendez-vous jusqu’à 12 heures à l’avance.

Le téléphone reste possible en cas de difficulté, mais nous ne répondons pas pendant les consultations afin de préserver la qualité du soin. Vous pouvez laisser un message vocal : Laisser un message vocal.

Comment prendre rendez-vous - Les Ostéo du Golfe

Nos autres articles

Le blog des Ostéo du Golfe rassemble des articles consacrés à l’ostéopathie, à la santé, au mouvement, à l’activité physique et aux différents facteurs qui peuvent influencer notre bien-être et nos parcours de vie.

Il propose également des contenus plus larges pour mieux comprendre les liens entre la santé, les modes de vie, l’environnement et la société.

Ces contenus ont une vocation informative et pédagogique. Ils ne remplacent ni un diagnostic, ni un avis médical, ni un accompagnement professionnel adapté à chaque situation.

0 + 0 + 4

Dormir sur le ventre, le dos ou le côté : quelle est la meilleure position ?

Dos, côté ou ventre : découvrez comment adapter votre position de sommeil, votre oreiller et...

Lire l'article

Nos habitudes peuvent-elles transformer notre corps ? Adaptation, morphologie et douleur

Nos habitudes transforment-elles notre corps ? Découvrez ce que l’activité, l’inactivité et la croissance peuvent...

Lire l'article

Ergonomie au bureau : comment régler son poste sans chercher la posture parfaite ?

Comment régler chaise, écran, clavier, souris et appuis sans chercher une posture parfaite ? Des...

Lire l'article