Avec qui une personne a-t-elle déjà eu des relations sexuelles ? Qui l’attire ? Comment se définit-elle ? De qui peut-elle tomber amoureuse ?
Ces questions peuvent sembler parler de la même chose. Pourtant, leurs réponses ne se superposent pas nécessairement.
Une personne peut ressentir une attirance sans l’avoir jamais concrétisée. Elle peut avoir vécu une expérience sexuelle qui ne correspond pas au mot qu’elle utilise pour définir son orientation. Elle peut aussi trouver utile de distinguer les personnes qui l’attirent sexuellement de celles envers lesquelles elle ressent une attirance romantique.
Orientation sexuelle : de quoi parle-t-on exactement ?
L’orientation sexuelle ne se résume pas à l’historique des partenaires d’une personne.
Les recherches et les grandes enquêtes sur la sexualité peuvent étudier séparément plusieurs dimensions. En France, l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 distingue notamment l’attirance au cours de la vie, les pratiques sexuelles au cours de la vie et l’identification sexuelle actuelle. Ces dimensions sont liées, mais elles ne se recoupent pas toujours.
Cette distinction est importante : ce qu’une personne ressent, ce qu’elle a vécu et la manière dont elle choisit de se définir ne sont pas trois formulations différentes d’une même information.
Cela ne signifie pas non plus qu’il existerait une classification universelle composée de cases totalement indépendantes. Il s’agit plutôt de distinguer plusieurs aspects d’une expérience qui peuvent coïncider chez une personne et moins bien se superposer chez une autre.
Attirance, pratiques et auto-identification : trois dimensions à distinguer
L’attirance sexuelle : ce que l’on ressent
L’attirance sexuelle concerne les personnes envers lesquelles quelqu’un peut ressentir une attirance sexuelle.
Elle ne suppose pas qu’une relation ait effectivement eu lieu. Une personne peut être attirée par des personnes d’un certain genre sans avoir jamais eu de relation sexuelle avec elles. L’attirance apporte donc une information différente de l’historique des partenaires.
Les pratiques ou expériences sexuelles : ce que l’on a vécu
Les pratiques et expériences correspondent à ce qu’une personne a effectivement vécu : les personnes avec lesquelles elle a eu des relations ou certaines expériences sexuelles.
Ces expériences font partie de son parcours, mais elles ne permettent pas à elles seules de connaître l’ensemble de ses attirances ni la façon dont elle définit son orientation. C’est notamment pour cette raison que la recherche en santé sexuelle peut s’intéresser séparément aux comportements et à l’orientation déclarée.
L’auto-identification : comment une personne choisit de se définir
L’auto-identification correspond au mot qu’une personne utilise, si elle souhaite en utiliser un, pour décrire son orientation : par exemple hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle.
Cette manière de se définir ne doit pas être déduite automatiquement de ses pratiques.
Une personne peut également ne pas trouver immédiatement de terme qui lui convienne, hésiter entre plusieurs formulations ou simplement ne pas ressentir le besoin d’utiliser une étiquette précise.
Une expérience avec une personne du même sexe suffit-elle à déterminer son orientation ?
Non.
Avoir eu une expérience sexuelle avec une personne du même sexe indique qu’une expérience de ce type a eu lieu. Cela ne permet pas, à lui seul, de conclure que la personne est homosexuelle ou bisexuelle.
Une personne peut par exemple avoir eu une expérience avec quelqu’un du même sexe et continuer à se définir comme hétérosexuelle. Une autre personne ayant vécu une expérience comparable peut se reconnaître comme bisexuelle ou homosexuelle. Une autre encore peut ne pas souhaiter se définir à partir de cette expérience.
L’expérience peut avoir une signification importante pour la personne concernée. Ce qu’elle ne constitue pas, c’est un test permettant à quelqu’un d’autre de déterminer son orientation à sa place.
Le raisonnement fonctionne également dans l’autre sens : ne jamais avoir eu de relation avec des personnes d’un certain sexe ou genre ne démontre pas l’absence d’attirance envers elles.
Une personne n’a donc pas besoin d’attendre une première expérience sexuelle pour pouvoir reconnaître certaines de ses attirances ou savoir quel terme lui paraît approprié pour décrire son orientation.
Peut-on être bisexuel sans avoir eu de relations avec plusieurs sexes ou genres ?
Oui.
La bisexualité ne nécessite pas d’avoir eu des partenaires de plusieurs sexes ou genres.
Une personne peut ressentir une attirance envers plus d’un genre sans avoir concrétisé chacune de ces attirances. Elle peut donc se définir comme bisexuelle alors qu’elle n’a eu de relations qu’avec des personnes d’un seul genre, ou même alors qu’elle n’a encore eu aucune relation sexuelle.
Il n’existe pas de nombre minimal de partenaires à atteindre pour « prouver » une orientation.
De la même manière, l’historique relationnel d’une personne à un moment donné ne résume pas nécessairement toutes ses attirances. Être en couple avec un homme ou avec une femme, par exemple, ne suffit pas à lui seul à déterminer si une personne est hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle.
Cela ne signifie pas non plus qu’une personne qui ressent une attirance ponctuelle envers quelqu’un d’un certain genre doive obligatoirement se définir comme bisexuelle.
Attirance sexuelle et attirance romantique : quelle différence ?
Une autre distinction peut être utile : celle entre attirance sexuelle et attirance romantique.
Attirance sexuelle :
l’attirance sexuelle concerne la dimension sexuelle de l’attirance.
Attirance romantique :
l’attirance romantique — que l’on peut aussi expliquer, plus simplement, comme une attirance amoureuse — renvoie plutôt aux personnes envers lesquelles quelqu’un peut souhaiter une relation romantique ou amoureuse.
Dans la vie de nombreuses personnes, ces deux dimensions vont dans la même direction et il n’est pas nécessaire de les distinguer.
Mais ce n’est pas systématiquement le cas.
Des travaux scientifiques ont étudié séparément orientations ou attirances sexuelles et romantiques et montrent qu’elles peuvent ne pas parfaitement coïncider chez certaines personnes. Cette distinction est particulièrement documentée dans les recherches consacrées à l’asexualité, où l’absence ou la faible présence d’attirance sexuelle n’implique pas nécessairement l’absence d’attirance romantique.
Il faut cependant rester prudent : ces résultats ne permettent pas d’affirmer que chaque personne possède nécessairement deux orientations indépendantes qu’elle devrait identifier et nommer séparément.
La distinction est un outil descriptif possible, pas une obligation.
Peut-on, par exemple, se définir comme bisexuel et hétéromantique ?
Certaines personnes peuvent trouver utile d’utiliser deux termes pour décrire des attirances qui ne se superposent pas complètement.
Une personne pourrait ainsi se décrire, par exemple, comme bisexuelle et hétéromantique : « bisexuelle » pour décrire une attirance sexuelle envers plus d’un genre et « hétéromantique » pour préciser que son attirance romantique se dirige vers des personnes d’un autre genre.
Cet exemple ne constitue ni un diagnostic ni une catégorie dans laquelle il faudrait faire entrer les personnes présentant certaines attirances.
C’est simplement une auto-description possible lorsqu’elle correspond à la manière dont une personne comprend son propre vécu.
La distinction entre plusieurs formes d’attirance est parfois appelée Split Attraction Model, ou modèle de l’attraction scindée. Ce cadre est notamment utilisé dans les communautés asexuelles et aromantiques et a fait l’objet de travaux scientifiques récents.
Il peut être utile pour décrire certains vécus, mais les données disponibles ne permettent pas d’en faire une théorie universelle selon laquelle tout le monde posséderait obligatoirement une orientation sexuelle et une orientation romantique séparées.
Pour le lecteur, l’essentiel n’est donc pas de mémoriser le nom de ce modèle. Il est de comprendre que l’attirance sexuelle et l’attirance romantique peuvent être distinguées lorsqu’une personne trouve cette distinction pertinente.
Quatre questions utiles à ne pas confondre
| Repère | Question simple | Ce qu’il décrit | Ce qu’il ne permet pas de conclure automatiquement |
|---|---|---|---|
| Attirance sexuelle | Qui peut m’attirer sexuellement ? | Une attirance ressentie | Que j’ai déjà eu une relation avec ces personnes ou que je dois utiliser une étiquette précise |
| Pratiques ou expériences | Qu’ai-je réellement vécu ? | Mon historique d’expériences ou de partenaires | Mon orientation complète ou la manière dont je dois me définir |
| Auto-identification | Comment est-ce que je choisis de définir mon orientation ? | Le terme que j’utilise, si j’en utilise un | Que toutes mes expériences ou attirances doivent correspondre parfaitement à cette étiquette |
| Attirance romantique | Vers qui peut se diriger mon attirance romantique ou amoureuse ? | Une dimension romantique de l’attirance | Qu’elle doit forcément coïncider avec mon attirance sexuelle ou être nommée séparément |
Faut-il forcément mettre un mot sur ce que l’on ressent ?
Non.
Les termes utilisés pour parler de l’orientation sexuelle peuvent être utiles. Ils permettent de communiquer, de se décrire, de comprendre certaines expériences ou de trouver des personnes ayant des vécus similaires.
Mais ils ne constituent pas un diagnostic.
Une expérience isolée ne permet pas d’imposer une orientation à quelqu’un. L’absence d’expérience avec certaines personnes ne permet pas davantage d’invalider une attirance ou une auto-identification.
Certaines personnes savent précisément quel terme leur convient. D’autres ont besoin de temps pour comprendre ce qu’elles ressentent. D’autres encore préfèrent ne pas utiliser d’étiquette particulière.
Il n’est donc pas nécessaire de transformer chaque attirance, chaque expérience ou chaque questionnement en catégorie.
Quatre questions simples peuvent suffire
- Qui m’attire sexuellement ?
- Quelles expériences ai-je réellement vécues ?
- Comment est-ce que je choisis de définir mon orientation ?
- Vers qui peut se diriger mon attirance romantique ?
Chez certaines personnes, les réponses se superposent très bien. Chez d’autres, elles ne coïncident pas complètement.
L’essentiel est de ne pas confondre ces dimensions : une orientation ne se déduit pas d’un seul comportement, une auto-identification n’a pas à être prouvée par un historique de partenaires, et attirance sexuelle et attirance romantique peuvent parfois être décrites séparément.
Les distinguer permet de parler de l’orientation sexuelle avec davantage de précision, sans transformer la diversité des expériences en nouvelles cases obligatoires.
En résumé : attirance sexuelle, expériences, auto-identification et attirance romantique décrivent des dimensions différentes qui peuvent se recouper sans être identiques. Une expérience ne suffit pas à déterminer une orientation, la bisexualité ne nécessite pas d’avoir eu des partenaires de plusieurs genres et aucune personne n’a besoin de « prouver » l’étiquette qu’elle choisit — ou de choisir une étiquette tout court.
