Balayer, aspirer, laver les sols, essuyer des surfaces, vider des poubelles, nettoyer en hauteur, déplacer du matériel ou pousser un chariot : le travail d’un agent de nettoyage ne correspond pas à un geste unique.
Chaque tâche peut sembler banale lorsqu’elle est considérée isolément. Mais leur enchaînement pendant plusieurs heures, avec des efforts, des mouvements répétés, des déplacements et parfois des délais serrés, constitue une véritable exposition physique professionnelle.
Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, occupent une place importante dans le secteur. L’Assurance Maladie indique que 97 % des maladies professionnelles reconnues dans le secteur de la propreté sont liées à des TMS.
Source : Assurance Maladie — Secteur de la propreté.
Pour comprendre pourquoi certaines journées deviennent fatigantes ou douloureuses, il faut surtout regarder le travail réel : quelles tâches sont réalisées, combien de temps, avec quel effort, quel matériel, quel rythme et quelles possibilités de récupération ?
Nettoyer, c’est enchaîner des tâches très différentes
Les contraintes ne sont pas les mêmes lorsque l’on aspire une grande surface, lave un sol, essuie un bureau, nettoie une vitre ou transporte du matériel.
C’est leur combinaison au cours de la journée qui compte.
Balayer, aspirer et laver les sols
Le nettoyage des sols associe généralement des déplacements fréquents à des mouvements répétés des bras et du tronc.
La sollicitation peut varier selon de nombreux éléments : surface à couvrir, type de sol, poids et maniabilité du matériel, longueur du manche, espace disponible, présence d’obstacles ou temps accordé à la tâche.
Un même geste peut ainsi être peu contraignant lorsqu’il est occasionnel, mais beaucoup plus exigeant lorsqu’il doit être répété rapidement pendant une longue période ou avec un équipement difficile à manier.
L’INRS identifie notamment les manutentions répétées, les efforts pour tirer ou pousser du matériel et l’utilisation d’équipements lourds ou non réglables parmi les contraintes rencontrées dans les métiers de la propreté.
Source : INRS — Métiers de la propreté : les risques du métier (nouvel onglet).
Essuyer et travailler sur des surfaces hautes ou basses
Nettoyer des tables, des sanitaires, des vitres ou d’autres surfaces demande également de répéter des gestes de préhension et des mouvements du membre supérieur.
Les surfaces situées en hauteur peuvent nécessiter de travailler davantage avec les bras élevés. Les zones basses conduisent au contraire à se pencher, s’accroupir ou travailler plus près du sol.
L’enjeu n’est pas de considérer chacune de ces positions comme « mauvaise ». Il faut regarder combien de temps elle est utilisée, à quelle fréquence, avec quel effort et avec quelles possibilités de changer de tâche ou de position.
Les études consacrées aux professionnels du nettoyage rapportent fréquemment des plaintes concernant notamment le bas du dos, les épaules et les poignets ou les mains. Cela décrit des zones fréquemment concernées dans ces populations ; cela ne suffit pas à attribuer automatiquement une douleur individuelle au travail.
Source : Sánchez-Rodríguez et al., 2024 — revue systématique et méta-analyse.
Pousser, tirer, porter et se déplacer
Le nettoyage comprend aussi tout ce qui permet de réaliser la tâche : déplacer un chariot, transporter un aspirateur ou des consommables, manipuler les déchets, circuler entre plusieurs espaces ou emprunter des escaliers.
Pousser ou tirer un chariot n’est donc pas un détail secondaire.
La charge transportée, la qualité des roues, la maniabilité, l’espace disponible, les dénivelés et la fréquence des déplacements peuvent modifier l’effort nécessaire.
La question utile n’est pas « un chariot provoque-t-il des TMS ? », mais plutôt : quelle place cette tâche prend-elle dans l’exposition globale de la journée ?
| Tâche ou situation | Contraintes possibles | Facteurs qui modifient l’exposition | Leviers généraux à examiner |
|---|---|---|---|
| Balayer, aspirer, laver les sols | Mouvements répétés, déplacements, manipulation du matériel | Durée, surface, maniabilité, hauteur du manche, obstacles, rythme | Matériel adapté et réglable, organisation de la tâche, mécanisation lorsqu’elle est pertinente |
| Essuyer, nettoyer en hauteur ou près du sol | Préhension, mouvements des bras, positions maintenues ou répétées | Hauteur des surfaces, durée, fréquence, effort, possibilité de varier | Accessibilité des zones, outils adaptés, variation des tâches lorsque possible |
| Pousser ou tirer un chariot | Effort de poussée ou de traction, préhension, déplacements | Charge, maniabilité, espace disponible, dénivelés, fréquence | Choix du matériel, analyse de la charge et du parcours, réduction des efforts évitables |
| Transporter du matériel ou des déchets, utiliser des escaliers | Manutention et déplacements | Charge, fréquence, distances, accessibilité | Organisation, aides adaptées lorsqu’elles existent, limitation des manutentions inutiles |
| Ensemble de la journée | Cumul des sollicitations | Cadence, délais, horaires, effectifs, alternance, récupération | Organisation du travail, moyens disponibles, possibilités de variation et de récupération |
Les gestes répétitifs ne suffisent pas à expliquer les TMS
La répétition compte, mais elle ne compte jamais seule.
Un mouvement répété avec peu d’effort, des possibilités de variation et une récupération suffisante n’a pas le même sens qu’un mouvement effectué rapidement, longtemps, avec davantage de force et peu de marge pour ralentir.
Il faut donc considérer ensemble :
- la fréquence des gestes ;
- l’effort demandé ;
- la durée ;
- l’amplitude des mouvements ;
- les manutentions ;
- le rythme de travail ;
- le matériel ;
- les possibilités de varier les tâches ;
- la récupération ;
- l’organisation du travail.
La littérature ergonomique consacrée au nettoyage conduit justement à étudier ensemble les tâches, le matériel et les technologies, l’organisation, l’environnement et les facteurs individuels.
Source : Lin et al., 2022 — Cleaning in the 21st Century.
Deux agents exerçant apparemment le même métier peuvent donc être exposés de manière très différente selon leur matériel, leurs locaux, leur rythme ou l’organisation de leur journée.
Pour approfondir, consultez notre article pour comprendre le rôle des gestes répétitifs, de l’effort et de la récupération.
Matériel, cadence et organisation : ce qui change réellement l’exposition
La prévention ne peut pas se résumer à demander à l’agent de trouver « la bonne posture ».
Un matériel adapté peut diminuer certaines contraintes
La hauteur d’un manche, le poids d’un équipement, sa maniabilité ou l’effort nécessaire pour le déplacer peuvent modifier la façon dont une tâche sollicite le corps.
Pour le lavage des sols, une revue systématique retrouve notamment des données en faveur d’une diminution de certaines sollicitations physiques des membres supérieurs avec l’évolution des systèmes de lavage et l’utilisation de manches réglables.
Cela ne signifie pas qu’un manche réglable « évite les TMS ». Diminuer une exposition biomécanique n’équivaut pas à garantir qu’une maladie ne surviendra pas.
Source : Wallius et al., 2019 — revue systématique sur le lavage des sols.
L’objectif est plutôt de réduire les contraintes évitables : matériel réglable, équipements plus faciles à manœuvrer, diminution de certaines manutentions ou mécanisation lorsque celle-ci est réellement adaptée à la tâche.
La cadence et l’organisation comptent aussi
Le même travail ne se réalise pas de la même manière lorsque le temps disponible diminue.
Des contraintes de délai, des horaires décalés ou un sous-effectif peuvent réduire les possibilités de ralentir, d’alterner les tâches ou de récupérer.
L’Assurance Maladie intègre explicitement ces dimensions dans les risques professionnels des métiers de la propreté, aux côtés des manutentions, des postures contraignantes et du matériel.
Source : Assurance Maladie — Métiers de la propreté.
L’expertise publiée en 2025 par l’ANSES sur les agents du nettoyage invite elle aussi à considérer les conditions de travail dans leur ensemble plutôt qu’à isoler un seul geste.
Source : ANSES — Analyse des conditions de travail des agents du nettoyage et de leurs impacts sur leur santé.
Prévenir les TMS sans faire porter toute la responsabilité sur l’agent
Les conseils individuels peuvent avoir leur utilité, mais ils ne doivent pas conduire à penser qu’un salarié souffrirait simplement parce qu’il « se tient mal ».
Dans les métiers de la propreté, la prévention peut notamment amener à examiner :
- le matériel réellement utilisé ;
- les efforts nécessaires pour pousser, tirer ou transporter ;
- l’enchaînement et la répartition des tâches ;
- la charge de travail et les délais ;
- les possibilités de variation ;
- les temps et conditions de récupération ;
- les situations qui posent concrètement problème sur le terrain.
Il n’existe pas une posture parfaite ni une routine universelle d’exercices capable de compenser toutes les contraintes professionnelles.
L’objectif est d’identifier ce qui peut réellement être modifié : matériel, organisation, moyens disponibles ou manière d’effectuer certaines tâches.
Douleur au travail et TMS : deux notions à ne pas confondre
Une douleur qui apparaît pendant ou après une journée de nettoyage mérite d’être prise en compte, mais elle ne permet pas à elle seule de poser un diagnostic.
Avoir mal au dos après plusieurs heures de travail ne signifie pas automatiquement présenter un TMS professionnel. Une douleur d’épaule ou de poignet ne prouve pas non plus que le travail en soit l’unique cause.
Une douleur est un symptôme. Pour comprendre ce qu’elle représente, il faut tenir compte de son évolution, du contexte, des activités qui l’augmentent ou la diminuent et, lorsque cela est nécessaire, de l’examen clinique.
Pour aller plus loin, vous pouvez mieux comprendre les TMS au travail.
Cette distinction ne doit pas conduire à banaliser des symptômes persistants. Une gêne qui revient régulièrement, augmente, limite certaines tâches ou récupère de moins en moins bien mérite d’être évaluée.
Quand une douleur apparaît, que faire et vers qui se tourner ?
Quelques observations simples peuvent aider à comprendre la situation :
- à quel moment la gêne apparaît-elle ?
- certaines tâches la reproduisent-elles davantage ?
- disparaît-elle après le travail ou persiste-t-elle ?
- revient-elle de plus en plus rapidement ?
- un changement récent de matériel, de rythme ou d’organisation coïncide-t-il avec son apparition ?
Ces questions ne posent pas de diagnostic. Elles aident à savoir ce qu’il faut ensuite évaluer.
Lorsque le problème semble surtout lié au poste, au matériel, au rythme ou à l’organisation, le service de prévention et de santé au travail peut participer à l’analyse de la situation professionnelle et aux éventuelles adaptations.
Lorsqu’un diagnostic médical, des examens ou un traitement sont nécessaires, le médecin a une place centrale. Une kinésithérapie peut également être indiquée lorsqu’une rééducation ou une reprise fonctionnelle progressive est nécessaire.
Il n’est pas nécessaire que chaque personne consulte successivement tous ces professionnels. Le bon interlocuteur dépend avant tout de la question à résoudre.
Notre guide Santé au travail : quel professionnel consulter ? permet de mieux distinguer ces différentes situations.
Quelle place peut avoir l’ostéopathie pour un agent de nettoyage ?
Pour certaines plaintes musculosquelettiques compatibles avec son champ, une consultation ostéopathique peut s’intégrer en parallèle des autres démarches utiles.
L’ostéopathe peut notamment revenir sur :
- l’apparition et l’évolution de la gêne ;
- les mouvements devenus difficiles ou inconfortables ;
- les tâches qui modulent les symptômes ;
- les changements récents de charge ou d’activité ;
- certaines mobilités et fonctions ;
- les objectifs de la personne au travail et dans ses autres activités.
L’examen permet également de vérifier que la situation reste compatible avec une prise en charge ostéopathique et d’identifier un éventuel besoin d’orientation.
Lorsque cela est pertinent, une prise en charge dans le champ de l’ostéopathie peut associer des techniques manuelles et des conseils avec des objectifs fonctionnels : rechercher davantage de confort, faciliter certains mouvements ou accompagner la reprise de certaines activités.
La réévaluation fait partie de cette démarche : une évolution inhabituelle, insuffisante ou défavorable peut conduire à adapter la prise en charge ou à orienter vers un autre professionnel.
Cette place reste complémentaire.
Une consultation individuelle ne peut pas modifier à elle seule une cadence excessive, remplacer un matériel inadapté, augmenter les effectifs ou transformer l’organisation du travail.
Prendre en charge la personne qui souffre et agir sur les contraintes professionnelles sont donc deux démarches différentes, qui peuvent être complémentaires.
Pour approfondir cette distinction, consultez ce que l’ostéopathie en entreprise peut réellement apporter et ses limites.
En résumé
Le travail des agents de nettoyage ne se résume pas à répéter un même geste.
Balayage, aspiration, lavage, essuyage, surfaces hautes ou basses, chariots, manutention et déplacements se combinent à la cadence, au matériel, à l’organisation et aux possibilités de récupération.
La prévention consiste donc moins à rechercher une « bonne posture » universelle qu’à comprendre les tâches réelles et à réduire les contraintes qui peuvent raisonnablement être modifiées.
Lorsqu’une douleur apparaît, l’enjeu est ensuite d’en comprendre l’évolution et de choisir l’évaluation ou la prise en charge adaptée, sans conclure automatiquement que le travail en est l’unique cause.
Pour certaines plaintes fonctionnelles compatibles, l’ostéopathie peut trouver une place complémentaire : évaluer la situation, examiner la fonction, proposer une prise en charge dans son champ, conseiller et orienter lorsque cela est nécessaire.
