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Continuer à travailler pendant la grossesse est fréquent. Pourtant, au fil des semaines, une journée jusque-là bien tolérée peut devenir plus fatigante : rester longtemps assise devient inconfortable, la station debout est plus difficile, certains trajets pèsent davantage ou des douleurs lombaires et pelviennes apparaissent plus facilement.

Cela ne signifie pas nécessairement que votre poste est mauvais pour la grossesse. Il n’existe pas non plus une posture parfaite qu’il faudrait réussir à conserver toute la journée.

Lorsque la grossesse se déroule normalement et qu’aucun repos n’a été prescrit, l’activité physique reste recommandée et les périodes prolongées de sédentarité gagnent à être régulièrement interrompues. (Assurance Maladie)

Pourquoi le travail peut-il devenir plus inconfortable pendant la grossesse ?

Au cours de la grossesse, les capacités et les sensations peuvent évoluer. Une tâche qui ne posait aucune difficulté auparavant peut demander davantage d’effort : rester dans la même position, porter du matériel, conduire longtemps, enchaîner des journées soutenues ou simplement récupérer entre deux journées de travail.

Les douleurs lombaires et de la région pelvienne font notamment partie des plaintes rencontrées pendant la grossesse. Les données disponibles chez les travailleuses enceintes suggèrent également que des exigences physiques importantes, notamment certaines manutentions ou charges posturales, peuvent être associées à davantage de douleurs de la ceinture pelvienne et à des difficultés pour poursuivre certaines activités professionnelles. Ces relations ne signifient pas qu’un geste ou qu’une posture provoque systématiquement une douleur chez une personne donnée. (MacDonald et al., 2024)

Il est donc souvent plus utile d’observer quand et dans quelles conditions la gêne apparaît : après une longue période sans mouvement ? pendant une tâche particulière ? après plusieurs heures de conduite ? en fin de journée ? et surtout, qu’est-ce qui améliore ou aggrave réellement la situation ?

Lorsque la douleur concerne principalement le bas du dos, notre article sur les facteurs qui peuvent contribuer au mal de dos au travail permet d’approfondir cette question sans réduire le problème à une « mauvaise posture ».

Travail assis pendant la grossesse : faut-il changer de posture ?

Un travail de bureau n’est pas en lui-même incompatible avec la grossesse. En revanche, plusieurs heures avec très peu de mouvement peuvent progressivement devenir inconfortables.

L’objectif n’est pas de trouver la bonne position assise puis de la conserver. Il est généralement plus utile de pouvoir bouger et changer de position régulièrement.

L’Assurance Maladie inclut notamment le travail de bureau et les déplacements en véhicule parmi les situations sédentaires. Elle conseille, en l’absence de prescription médicale de repos, d’interrompre ces périodes par de courts temps de mouvement : par exemple au moins une minute chaque heure ou de 5 à 10 minutes toutes les 90 minutes. Ce sont des repères généraux de santé, pas une règle professionnelle ou un protocole individuel à respecter à la minute près. (Assurance Maladie)

Concrètement, cela peut simplement consister à se lever, marcher quelques instants, réaliser une autre tâche debout ou profiter d’un déplacement nécessaire pour interrompre une longue période assise.

Un siège bien réglé peut améliorer le confort, mais il ne remplace pas toujours la possibilité de varier au cours de la journée.

Travail debout pendant la grossesse : faut-il s’asseoir davantage ?

La station debout n’est pas systématiquement contre-indiquée pendant la grossesse. Là encore, c’est surtout la durée, le caractère statique de la tâche, les symptômes et la possibilité de varier qui doivent être pris en compte.

Dans ses recommandations de prévention professionnelle, l’INRS conseille notamment d’éviter le travail debout à piétiner et de permettre aux femmes enceintes de pouvoir s’asseoir régulièrement lorsque cela est nécessaire. Il ne s’agit pas pour autant d’une durée maximale universelle applicable à tous les métiers et à toutes les grossesses. (INRS)

Une vendeuse, une soignante ou une professionnelle travaillant sur une chaîne n’aura pas les mêmes possibilités qu’une personne pouvant librement alterner entre travail assis et debout.

Lorsque rester debout devient difficile et que le poste ne permet ni de s’asseoir ni de modifier les tâches, le problème ne relève plus seulement de la posture : il peut justifier une réflexion sur l’organisation du travail.

Trajets et déplacements : penser au temps cumulé

Les déplacements peuvent représenter une part importante de la journée : trajet domicile-travail, conduite professionnelle, rendez-vous successifs ou déplacements fréquents.

Le temps passé en véhicule constitue lui aussi du temps sédentaire. Lorsque les trajets sont longs, pouvoir marcher et changer de position à certaines étapes peut améliorer la tolérance de la journée. (Assurance Maladie)

Il faut aussi regarder le cumul : une heure de voiture n’a pas le même impact selon qu’elle précède une journée relativement mobile ou huit heures supplémentaires avec peu de possibilités de changer de position.

Certains métiers comportent par ailleurs des expositions ou contraintes particulières qui dépassent les simples conseils de confort. Dans ce cas, la question doit être étudiée dans le contexte réel du poste avec le service de prévention et de santé au travail.

Port de charges et travail physique : faut-il tout arrêter ?

Porter ponctuellement un objet léger et effectuer des manutentions répétées pendant plusieurs heures sont deux situations très différentes.

Les travaux scientifiques consacrés aux exigences physiques pendant la grossesse montrent surtout l’intérêt de regarder l’exposition globale : poids et fréquence des charges, répétition, durée de la tâche, positions utilisées, autres efforts de la journée et possibilités de récupération. Les niveaux élevés de manutention ou de charge posturale sont notamment associés à davantage de difficultés musculosquelettiques dans certaines études. (MacDonald et al., 2024)

Cela ne permet pas de fixer un poids universel que toutes les femmes enceintes pourraient porter sans difficulté jusqu’à un terme donné.

Si votre métier comporte des manutentions régulières et que certaines tâches deviennent difficiles, plusieurs solutions peuvent être envisagées selon la situation : utiliser davantage les aides existantes, répartir autrement certaines tâches ou faire évaluer le poste si l’exposition ne peut pas être réduite facilement.

L’objectif n’est donc pas forcément d’arrêter toute activité physique, mais d’éviter de demander à la personne enceinte de compenser seule une contrainte professionnelle devenue inadaptée.

Fatigue, horaires et récupération : regarder l’ensemble de la journée

Une activité correctement tolérée isolément peut devenir plus difficile lorsqu’elle s’ajoute à des trajets importants, des journées longues, plusieurs jours soutenus ou un sommeil perturbé.

Dans ce contexte, il est utile de regarder la journée dans son ensemble : quelles tâches demandent le plus d’énergie ? À quel moment les symptômes apparaissent-ils ? Existe-t-il des périodes de récupération ? Certaines tâches peuvent-elles être alternées ?

L’organisation du travail compte elle aussi. Une forte cadence, peu de marge pour modifier son activité ou l’impossibilité de prendre une pause peuvent rendre une situation plus difficile à gérer, même sans « mauvaise posture » identifiable.

L’objectif n’est pas de supprimer toute activité au premier inconfort, mais de conserver un niveau d’activité compatible avec l’évolution de la grossesse et avec votre situation professionnelle.

Quelles adaptations peut-on essayer au quotidien ?

Lorsque la grossesse se déroule normalement et que les difficultés restent modérées, quelques adaptations simples peuvent parfois suffire :

Ces possibilités dépendent évidemment du métier. Une personne travaillant sur ordinateur, une aide-soignante, une vendeuse ou une conductrice n’ont pas les mêmes contraintes ni la même marge de manœuvre.

Et toutes les difficultés ne peuvent pas être corrigées individuellement. Lorsque le problème vient du poste lui-même, demander simplement à la salariée de « mieux se tenir » ou de « faire plus de pauses » ne modifie pas la contrainte.

C’est alors que le SPST et le médecin du travail prennent toute leur importance.

Au travail : quatre situations à adapter selon votre tolérance

Les mêmes contraintes ne sont pas ressenties de la même manière pendant toute la grossesse. Ces repères sont généraux : l’objectif n’est pas d’imposer une posture ou une organisation unique, mais d’identifier ce qui devient difficile et ce qu’il est possible d’ajuster.

Travail assis
Ce qui peut devenir difficile : rester longtemps dans la même position avec peu de mouvement.
À envisager : varier les positions et interrompre les périodes prolongées sans mouvement lorsque votre activité le permet.

Travail debout
Ce qui peut devenir difficile : rester longtemps debout, notamment lorsque la tâche laisse peu de possibilités de varier.
À envisager : alterner les tâches ou les positions et pouvoir s’asseoir régulièrement lorsque cela devient nécessaire.

Trajets et conduite
Ce qui peut devenir difficile : l’accumulation du temps assis, des déplacements et de la fatigue au cours de la journée.
À envisager : tenir compte du temps cumulé et profiter, lorsque c’est possible, des occasions de marcher ou de changer de position.

Manutentions et travail physique
Ce qui peut devenir difficile : la répétition des efforts, certaines charges ou le cumul de plusieurs contraintes physiques.
À envisager : utiliser les aides disponibles, réduire ou répartir différemment certaines tâches lorsque cela est possible et ne pas chercher à compenser seule une contrainte devenue difficile.

Si ces ajustements ne suffisent pas ou si le poste ne permet pas de les mettre en place, une adaptation professionnelle peut être nécessaire. Le SPST ou le médecin du travail peut alors aider à évaluer la situation.

Quand parler de son poste au médecin du travail ou au SPST ?

Le service de prévention et de santé au travail est particulièrement utile lorsque la difficulté concerne véritablement les conditions de travail : manutentions, exposition particulière, travail de nuit, contraintes physiques importantes, poste difficilement adaptable ou symptômes nettement majorés par certaines tâches.

Une femme enceinte peut demander à être orientée vers le médecin du travail. Celui-ci peut notamment apprécier la compatibilité du poste avec son état et proposer, lorsqu’elles sont nécessaires, des adaptations du poste ou une affectation à un autre poste. (INRS)

Ces exemples n’ont pas vocation à résumer l’ensemble du droit du travail. Ils montrent surtout que lorsqu’une contrainte vient réellement du poste, la réponse ne doit pas reposer uniquement sur la capacité de la salariée à supporter ou contourner cette contrainte.

Sage-femme, médecin, SPST : qui solliciter selon la situation ?

Ces interlocuteurs ont des rôles complémentaires.

Votre sage-femme ou votre médecin assure le suivi de la grossesse et répond aux questions concernant son évolution, les symptômes médicaux, les complications éventuelles ou une contre-indication particulière.

Le médecin du travail et le SPST interviennent sur la relation entre votre état de santé et votre activité professionnelle : exposition, organisation, compatibilité du poste et adaptations possibles.

Dans de nombreuses situations, les deux dimensions se rejoignent. Une douleur peut nécessiter une prise en charge individuelle tout en justifiant parallèlement une modification temporaire de la tâche qui l’aggrave.

Quelle place pour l’ostéopathie lorsqu’une douleur gêne le travail pendant la grossesse ?

Lorsqu’une douleur ou une gêne musculosquelettique relève de son champ de pratique, une consultation ostéopathique peut être envisagée en complément du suivi de grossesse.

La consultation permet d’abord de préciser la plainte et son retentissement : où se situe la douleur ? Quels mouvements ou quelles tâches deviennent difficiles ? Certaines positions sont-elles mieux tolérées que d’autres ? Que se passe-t-il pendant les jours de repos ou lorsque la charge de travail diminue ?

Cette évaluation peut aider à distinguer ce qui relève principalement d’une gêne fonctionnelle pouvant être accompagnée en consultation et ce qui nécessite surtout une modification des contraintes professionnelles ou une autre orientation.

Lorsque la situation s’y prête, une prise en charge manuelle adaptée peut être associée à des conseils individualisés sur le mouvement et la gestion de l’activité. Les recherches sur les thérapies manuelles pendant la grossesse suggèrent un bénéfice possible pour certaines douleurs lombaires ou pelviennes, tout en restant insuffisantes pour prédire le résultat chez une personne donnée. (revue systématique sur les thérapies manuelles pendant la grossesse)

L’ostéopathe ne peut cependant pas modifier à lui seul une cadence excessive, supprimer une exposition professionnelle ou remplacer une adaptation nécessaire du poste. Prise en charge individuelle et action sur les conditions de travail peuvent donc être complémentaires.

Pour découvrir plus précisément la place que nous donnons à cette prise en charge au cabinet, vous pouvez consulter notre page consacrée à l’ostéopathie pendant la grossesse à Auray et Vannes.

Cette prise en charge s’intègre au parcours de grossesse et ne remplace pas le suivi assuré par votre sage-femme ou votre médecin.

En résumé

La grossesse au travail ne demande ni de continuer exactement comme avant, ni d’arrêter systématiquement une activité dès qu’un inconfort apparaît.

Le plus utile est de repérer ce qui devient réellement difficile à tolérer : rester longtemps sans bouger, travailler debout sans possibilité de varier, répéter certaines manutentions, multiplier les trajets ou récupérer insuffisamment.

Certaines difficultés peuvent être améliorées par des ajustements simples. D’autres nécessitent une véritable adaptation du poste ou de l’organisation, avec l’aide du SPST et du médecin du travail.

Lorsque la question concerne la grossesse elle-même ou un symptôme inhabituel, le suivi médical ou sage-femme reste l’interlocuteur approprié. Et pour certaines douleurs musculosquelettiques compatibles, l’ostéopathie peut s’intégrer en complément à ce parcours.

L’objectif n’est finalement pas de trouver la bonne posture pour toute la grossesse, mais de faire évoluer le travail lorsque la situation l’exige et de solliciter le bon interlocuteur au bon moment.

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Les Auteurs : L'équipe Les Ostéo du Golfe

L’équipe des Ostéo du Golfe réunit des ostéopathes exerçant à Auray et Vannes, avec une approche centrée sur l’écoute, l’examen clinique et l’accompagnement adapté à chaque patient.

Le cabinet propose des consultations au cabinet, mais aussi des consultations à domicile et des interventions en entreprise, selon les besoins, le contexte et les possibilités d’organisation.

Les articles du blog sont rédigés dans l’esprit du cabinet : aider les patients à mieux comprendre leurs douleurs, leurs gênes fonctionnelles et les situations dans lesquelles il peut être utile de consulter. Ils s’appuient sur une lecture prudente des connaissances disponibles, sur l’expérience clinique de Vadim, Victoire et Thibault, et sur une attention constante aux signes nécessitant un avis médical.

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