À quelques mois des Jeux de Paris 2024, la préparation des athlètes entre dans sa dernière ligne droite.
Entraînement, récupération, nutrition, sommeil, préparation mentale : à ce niveau, rien n’est laissé au hasard.
Rien ?
Aux Ostéo du Golfe, une question nous préoccupe depuis plusieurs semaines :
Qui s’occupe des dauphins ?
Parce qu’il est très bien de préparer les nageurs humains. Mais pendant ce temps, une partie considérable du potentiel sportif aquatique semble totalement abandonnée par les instances compétentes.
Nous avons donc décidé d’agir.
Après les saumons spécialistes de l’endurance, les carpes au départ étonnamment explosif et les méduses qui négocient toujours leur inscription en natation synchronisée, une nouvelle génération d’athlètes vient bouleverser notre programme :
les dauphins.
Et la concurrence humaine peut commencer à s’inquiéter.
Dauphins, saumons et méduses : la délégation prend forme
Sur le papier, le dauphin présente un profil impressionnant.
Une excellente aisance dans l’eau, une respiration parfaitement maîtrisée, des virages efficaces et une aptitude assez nette à effectuer des plongeons sans demander pendant dix minutes si l’eau est froide.
Il fallait simplement structurer tout cela.
Les Ostéo du Golfe ont donc imaginé un programme de préparation spécialement destiné à cette nouvelle délégation aquatique.
Le recrutement reste ouvert.
- Saumons : maintien du travail d’endurance sur longue distance.
- Carpes : perfectionnement des départs explosifs.
- Poissons rouges : spécialisation dans le demi-tour sur bassin extrêmement court.
- Méduses : dossier disciplinaire toujours à l’étude en raison d’une tendance persistante à se laisser porter par le courant.
Mais soyons clairs :
Le dauphin est désormais notre tête d’affiche.
Une préparation aquatique qui ne laisse rien au hasard
À quelques mois de la compétition, notre protocole est particulièrement rigoureux.
Enfin, « rigoureux » est peut-être un grand mot.
Disons qu’il est écrit sur une feuille et qu’une partie importante du matériel flotte.
Le bilan commence par l’observation du mouvement :
- virage à bâbord ;
- virage à tribord ;
- accélération ;
- plongeon ;
- retour en surface ;
- poursuite parfaitement injustifiée d’un banc de sardines.
Puis vient l’épreuve reine :
le 100 mètres nage vraiment libre.
Sur ce dernier test, nos athlètes présentent un avantage technique assez considérable sur les humains : aucun ne perd de temps à remettre ses lunettes en place au départ.
Nous nous intéressons également à la récupération après l’effort, aux changements de direction et à la mobilité générale.
Concernant la nageoire dorsale, notre protocole est encore en développement.
Nous avons essayé de lui faire réaliser une rotation active.
Les résultats sont décevants.
L’anamnèse : notre véritable épreuve de haut niveau
La partie la plus difficile n’est pourtant pas technique.
C’est l’entretien.
Comme avec tout sportif, nous cherchons à comprendre le contexte, les éventuelles gênes, la charge d’entraînement et les objectifs.
Sur le principe, rien de très différent.
Dans la pratique :
— Depuis quand ressentez-vous cette gêne ?
— Clic clic clic clic.
— D’accord. Plutôt pendant la nage ou après l’effort ?
— Clic. Clic clic.
— Et sur une échelle de 0 à 10 ?
— Clic clic clic clic clic clic clic.
Voilà qui semble assez précis.
Nous avons envisagé de recruter un interprète.
Il nous a conseillé de commencer par apprendre l’écholocalisation.
Le recrutement est en cours.
Des performances scientifiquement difficiles à mesurer
Naturellement, nous aurions aimé comparer les performances avant et après séance.
Malheureusement, notre protocole scientifique a rencontré quelques difficultés.
- Le groupe témoin a quitté la zone d’étude sans prévenir.
- Plusieurs participants ont refusé de porter une montre GPS.
- Aucun dauphin n’a accepté de signer le formulaire de consentement éclairé.
Dans ces conditions, impossible d’affirmer que notre préparation améliore la vitesse, l’endurance, la récupération ou les performances de nos champions.
Ce qui est probablement préférable.
Nous pouvons toutefois confirmer une observation remarquablement robuste :
Après la séance, tous les dauphins présents savaient toujours nager.
La reproductibilité semble excellente.
Nous avions également envisagé de contrôler si certaines vertèbres avaient besoin d’être « remises en place ».
Bonne nouvelle : aucune.
Ce qui tombe plutôt bien puisque, chez les humains non plus, l’ostéopathie ne consiste pas à replacer des vertèbres qui se seraient mystérieusement déplacées.
Même pour un poisson d’avril, il y a des limites.
Un léger problème de recrutement : le dauphin n’est pas un poisson
À ce stade de notre préparation, un biologiste particulièrement pointilleux nous a signalé une difficulté.
Le dauphin n’est pas un poisson.
C’est un mammifère marin.
Notre service « ostéopathie pour poissons » vient donc officiellement de dépasser son domaine de compétence zoologique.
Nous avons immédiatement ouvert une enquête interne.
La conclusion est sans appel : notre cellule de recrutement semble avoir utilisé le critère scientifique très exigeant suivant :
« Est-ce que ça nage ? »
Les dauphins ont donc été acceptés.
Nous présentons toutes nos excuses au règne animal.
Heureusement, les saumons, carpes et poissons rouges restent dans l’équipe, ce qui nous permet au moins grammaticalement de continuer à appeler cet article un poisson d’avril.
Alors, révolution sportive ou poisson d’avril ?
Vous l’aviez probablement compris.
Cet article est notre poisson d’avril.
Nous ne préparons aucune délégation de dauphins pour les Jeux, aucun cétacé n’a bénéficié d’une séance d’ostéopathie et nos consultations restent destinées aux humains.
Pour un sportif humain, les choses sont heureusement moins aquatiques et beaucoup plus concrètes.
Une consultation peut notamment permettre de faire le point sur une gêne ou une limitation, d’examiner les mouvements et mobilités pertinents, de replacer la situation dans le contexte de l’entraînement et de la récupération, et d’orienter vers un autre professionnel lorsque c’est nécessaire.
L’ostéopathie ne garantit ni médaille, ni record personnel, ni amélioration automatique des performances.
Même avec une excellente nageoire dorsale.
Et si vous pensiez que notre programme de recherche s’arrêtait aux animaux aquatiques, vous sous-estimez gravement notre capacité à nous consacrer aux grandes questions scientifiques.
Nous nous sommes également intéressés, avec exactement le même sérieux, à l’ostéopathie pour arbres .
ERRATUM — AOÛT 2026
Le grand retour de nos champions aquatiques
Depuis leurs exploits de Paris 2024, notre délégation aquatique n’a évidemment jamais quitté nos dossiers.
Deux années de suivi, de récupération, de préparation et de réglages extrêmement techniques plus tard, une date était entourée depuis longtemps dans notre calendrier :
Été 2026 : retour en grande compétition.
Il fallait bien remettre les nageoires dans le grand bain.
Les Championnats d’Europe de natation 2026 se déroulent en France du 31 juillet au 16 août 2026.
Pour les nageurs humains, une partie des épreuves est organisée à Paris et Saint-Denis.
Pour notre délégation, l’organisation a heureusement prévu quelque chose de plus adapté.
Bassin officiel de la catégorie dauphins :
le Golfe du Morbihan.
Après tout, demander à une cinquantaine de cétacés de prendre leurs marques dans un bassin de 50 mètres aurait été légèrement mesquin.
Le Golfe offre davantage de place pour l’échauffement.
Et le calendrier est particulièrement bien fait.
Les épreuves de natation course débutent le 10 août 2026 .
Or, ce même 10 août 2026, Ouest-France a relayé les images d’un groupe d’environ cinquante dauphins évoluant dans le golfe du Morbihan.
Pour certains, il s’agit d’une superbe observation de la faune marine.
Pour nous, la lecture est évidemment différente.
10 août 2026.
Premier jour de natation course.
Une cinquantaine de dauphins dans le Golfe.
Notre délégation était simplement à l’échauffement.
Deux ans après leur campagne parisienne, les vainqueurs de 2024 étaient donc de retour là où on les attendait :
en grande compétition.
Il faut dire que la concurrence humaine n’a pas exactement baissé de niveau.
Lorsqu’un collègue de bassin comme Léon Marchand a placé la barre aussi haut, même un dauphin ne peut pas se permettre de revenir après deux ans avec trois longueurs d’échauffement et un peu de motivation.
Nos champions avaient travaillé.
Beaucoup.
Les images du « bassin de compétition »
Ouest-France a consacré un article à cette observation d’une cinquantaine de dauphins dans le golfe du Morbihan.
Échauffement de la délégation avant les épreuves
Enfin, c’est notre interprétation.
Ouest-France parle simplement de dauphins.
Si la vidéo intégrée ne s’affiche pas, consulter directement la publication Instagram .
À ce stade, difficile de nier l’évidence.
Les champions de 2024 étaient de retour.
Derniers réglages avant les épreuves
Une compétition de cette importance ne s’improvise pas.
Leur présence dans le Golfe n’avait donc rien d’une visite de courtoisie : il restait quelques contrôles à effectuer avant de laisser nos athlètes rejoindre la ligne de départ.
Une cinquantaine de sportifs présents simultanément complique légèrement l’organisation du suivi.
Mais après deux années de collaboration, nous commençons à connaître leurs habitudes.
L’entretien pré-compétition aurait pu ressembler à ceci :
— Alors, prêts pour le retour en grande compétition ?
— Clic clic clic.
— L’objectif reste le podium ?
— Clic clic.
— Et face aux humains ? Toujours aucune inquiétude ?
— Clic.
— Même si on vous parle de Léon Marchand ?
— CLIC.
Nous avons considéré la réponse comme suffisamment claire.
Pour ne pas perturber les derniers jours de préparation, nous avons également adapté l’organisation des consultations.
Nos cabinets d’Auray et de Vannes n’étant toujours pas homologués pour accueillir simultanément une cinquantaine de cétacés, le suivi s’est naturellement rapproché du bassin de compétition.
À ce niveau de compétition, on ne demande pas aux athlètes de s’adapter au cabinet.
C’est le cabinet qui s’adapte aux athlètes.
Nous les avons donc laissés poursuivre leurs dernières longueurs directement dans le Golfe.
À quelques jours des finales, il n’était certainement plus temps de modifier une préparation qui avait déjà fait ses preuves en 2024.
Puisque cette partie-là est vraie : laissez les dauphins tranquilles
Notre délégation sportive, ses victoires, son suivi ostéopathique et sa participation aux Championnats d’Europe relèvent évidemment de notre très sérieux univers de poisson d’avril.
En revanche, les dauphins observés dans le golfe du Morbihan sont bien réels.
Cette fois, on ne plaisante plus : gardez vos distances.
Si vous avez la chance d’observer des dauphins dans le Golfe du Morbihan ou au large :
- conservez une distance minimale de 100 mètres ;
- ralentissez en présence des animaux ;
- ne les poursuivez pas ;
- ne les encerclez pas ;
- ne modifiez pas votre trajectoire pour essayer de vous en rapprocher.
Profitez du spectacle et laissez les dauphins décider de leur route.
Observer sans déranger
Et, pour éviter définitivement toute ambiguïté :
Les Ostéo du Golfe ne pratiquent pas réellement l’ostéopathie sur les dauphins.
Même champions.
Même en pleine compétition européenne.
Même lorsqu’ils se présentent à cinquante dans leur bassin du Golfe.
Nous continuerons néanmoins à suivre leur carrière avec la plus grande attention.
Le prochain contrôle post-compétition est déjà prévu.
Il reste simplement à confirmer l’horaire.
Nous leur avons proposé 14 h 30.
Ils ont répondu « clic clic ».
Nous considérons donc le rendez-vous comme confirmé.
