Prendre un colis, le déposer sur une palette, avancer jusqu’à la référence suivante, recommencer. Puis pousser ou déplacer la commande, prélever plus bas ou plus haut, réorganiser le chargement et repartir sur une nouvelle tournée.
Le travail d’un préparateur de commandes ne se résume donc ni au poids d’un carton ni à un geste isolé. Les prises et déposes se succèdent avec des efforts, des hauteurs, des distances, des déplacements et des cadences variables.
C’est cette exposition réelle qu’il faut comprendre lorsqu’on s’intéresse aux troubles musculosquelettiques, ou TMS.
Cet article se concentre donc sur un métier précis : le préparateur de commandes et le travail de picking en entrepôt.
Que demande réellement le travail d’un préparateur de commandes ?
Le picking consiste à prélever les produits nécessaires pour constituer une commande. Derrière cette définition simple, les situations de travail peuvent être très différentes d’un entrepôt à l’autre.
Au cours d’une même journée, un préparateur peut notamment devoir :
- se déplacer entre de nombreuses références ;
- prélever des colis de dimensions et de poids variables ;
- effectuer des prises à différentes hauteurs ;
- déposer et organiser progressivement les produits sur une palette ou un roll ;
- scanner ou valider les références avant d’acheminer la commande.
La recommandation R498 décrit ainsi la préparation de commandes comme le prélèvement d’articles, produits ou colis conformément à une commande, et le picking comme un prélèvement réalisé en se déplaçant d’emplacement en emplacement.
Source : CNAM — recommandation R498.
La contrainte physique dépend donc beaucoup de la manière dont toutes ces tâches s’enchaînent.
Un colis relativement léger peut devenir exigeant s’il doit être manipulé très souvent, dans une zone difficile d’accès ou avec peu de possibilités de varier l’activité. À l’inverse, le poids d’une charge ne suffit pas, à lui seul, à décrire l’exposition.
Pourquoi la préparation de commandes peut-elle favoriser les TMS ?
Les TMS sont multifactoriels. Chercher une cause unique — un carton lourd, une posture ou un mouvement — est généralement insuffisant.
Chez un préparateur de commandes, plusieurs caractéristiques peuvent notamment se combiner :
- l’effort nécessaire pour saisir ou déplacer les produits ;
- la fréquence des prélèvements ;
- la durée de l’activité ;
- les hauteurs et distances de prise ou de dépose ;
- les déplacements ;
- le matériel utilisé ;
- la cadence et les possibilités de récupération.
Deux préparateurs manipulant le même produit ne sont donc pas forcément confrontés aux mêmes contraintes.
Prélever ponctuellement un colis facilement accessible n’équivaut pas à répéter la même opération pendant une grande partie de la journée depuis une zone profonde ou difficile à atteindre.
La répétition compte, mais elle ne compte jamais seule. L’effort, la durée, le rythme et les conditions dans lesquelles le geste est réalisé modifient l’exposition.
Source : INRS — Facteurs de risque des TMS.
Pour replacer ces différents facteurs dans une vision plus générale, consultez également notre article sur les TMS au travail, leurs symptômes, leurs facteurs de risque et leur prévention.
Prises basses, prises hautes et palettes : pourquoi l’implantation compte
L’emplacement des produits modifie directement la manière dont ils peuvent être prélevés.
Un produit placé bas peut demander davantage de flexion pour aller le chercher. Une référence située haut peut nécessiter une élévation plus importante des bras.
Mais la hauteur, à elle seule, ne suffit pas. Il faut également regarder :
- la fréquence des prélèvements ;
- la profondeur à laquelle se trouve le produit ;
- ses dimensions et ses possibilités de prise ;
- l’espace disponible pour accéder à la référence ;
- l’ensemble des autres tâches réalisées dans la journée.
Il n’existe donc pas une hauteur unique permettant de séparer universellement une situation « sûre » d’une situation « dangereuse ».
La R498 illustre bien cette logique. Pour les doubles et triples niveaux de picking, elle identifie notamment les contraintes liées aux prélèvements dans des zones difficiles d’accès et recommande d’agir sur l’organisation logistique, l’aménagement du stockage et l’accessibilité des produits.
La constitution d’une palette ajoute une autre difficulté : sa hauteur et sa disposition évoluent progressivement pendant la commande. Le préparateur doit donc s’adapter à un support qui change au fil des prélèvements.
La prévention doit là encore porter sur l’ensemble de la situation, et non sur une posture parfaite qu’il faudrait réussir à reproduire à chaque colis.
Pour approfondir cette question, voir également notre article consacré à la flexion du dos et au soulèvement de charges.
Pousser ou tirer : l’effort ne dépend pas seulement de la charge
La manutention ne consiste pas uniquement à porter.
Le Code du travail inclut dans la manutention manuelle le levage et le port, mais aussi la pose, la poussée, la traction et le déplacement d’une charge.
Pousser un transpalette ou déplacer un roll peut donc représenter une part importante de l’activité.
L’effort nécessaire peut notamment varier selon :
- la charge déplacée ;
- l’état et l’adaptation du matériel ;
- la qualité du roulement ;
- l’état du sol et la présence d’obstacles ;
- les changements de direction ;
- les distances parcourues et les conditions de circulation.
Un équipement roulant bien adapté et correctement entretenu ne demande donc pas les mêmes efforts qu’un matériel dégradé ou utilisé dans des conditions défavorables.
Sources : INRS ED 6467 — opérations de tirer-pousser ; CNAM R515 — rolls et équipements mobiles manuels.
La recommandation R515 annule et remplace l’ancienne R307.
Répétition, cadence et récupération : l’organisation compte aussi
La répétition est facile à observer. L’organisation qui l’entoure l’est parfois beaucoup moins.
Pourtant, une succession de prélèvements n’a pas le même impact selon l’effort demandé, la durée de la séquence, le rythme imposé, les aléas rencontrés et les possibilités de modifier temporairement sa manière de travailler.
Dans l’analyse d’une activité répétitive, il peut notamment être utile de regarder :
- combien de temps la même activité se prolonge ;
- le niveau d’effort nécessaire ;
- la pression temporelle ou la cadence ;
- les possibilités de varier les tâches ;
- les marges de manœuvre dont dispose le préparateur ;
- les possibilités réelles de récupération.
Une cadence soutenue peut par exemple réduire les marges disponibles pour organiser la palette, modifier son rythme ou varier certaines tâches.
Pour approfondir la relation entre répétition, fatigue, rythme et récupération, consultez notre article sur les gestes répétitifs au travail.
Scanner, terminal ou commande vocale : évaluer l’usage, pas seulement l’outil
Les outils numériques modifient aussi la façon dont la commande est préparée.
Un scanner, un terminal portatif ou une commande vocale peuvent changer la manière de recevoir les instructions, de valider un prélèvement ou d’enchaîner les opérations.
Cela ne permet pas d’affirmer qu’une technologie donnée provoque des TMS.
Déplacements, sols, froid : l’environnement peut modifier l’exposition
Tous les préparateurs ne travaillent pas dans les mêmes conditions.
Selon l’entrepôt, il peut être pertinent d’examiner :
- les distances réellement parcourues ;
- l’état des sols et des voies de circulation ;
- les espaces disponibles pour manœuvrer ;
- le travail en zone réfrigérée ou surgelée lorsqu’il existe ;
- les vibrations lorsqu’un engin expose réellement le salarié.
Pour les rolls, par exemple, R515 recommande d’examiner l’adéquation entre les roues et le revêtement et de maintenir les surfaces de circulation en bon état.
Le froid n’est pas une caractéristique universelle de la préparation de commandes. Les vibrations non plus. Ces facteurs doivent être pris en compte lorsqu’ils correspondent réellement au poste.
L’objectif est de comprendre le poste réellement occupé, pas de dresser une liste théorique de tous les risques possibles en logistique.
Comment prévenir les TMS chez les préparateurs de commandes ?
La prévention ne devrait pas commencer par demander au salarié de « mieux se tenir ».
Le Code du travail prévoit d’abord que l’employeur prenne des mesures d’organisation appropriées ou utilise des moyens adaptés, notamment des équipements mécaniques, afin d’éviter autant que possible le recours à la manutention manuelle. Lorsque celle-ci reste nécessaire, le risque doit être évalué et réduit.
Source : Code du travail — articles R4541 relatifs à la manutention manuelle.
Pour un préparateur de commandes, cela peut conduire à examiner l’implantation des références, l’accessibilité du picking, les circuits, les distances parcourues, les aides disponibles, le choix et l’entretien du matériel, l’organisation des commandes, la cadence ou encore les possibilités de variation.
Prévention : 5 situations de travail à analyser
Il n’existe pas un « bon geste » capable, à lui seul, de prévenir les TMS. L’objectif est plutôt d’identifier ce qui, dans la situation de travail, peut être rendu moins contraignant.
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Prises basses ou hautes répétées
À analyser : emplacement et accessibilité des références, profondeur de prélèvement, fréquence des prises et caractéristiques des colis.
Leviers collectifs à étudier : implantation des références, accessibilité et organisation du picking. -
Pousser ou tirer un roll ou un transpalette
À analyser : effort nécessaire, état du matériel, qualité du sol, obstacles, changements de direction et distances.
Leviers collectifs à étudier : matériel adapté et entretenu, amélioration des circulations, réduction des manutentions inutiles et aides appropriées. -
Répétition et cadence
À analyser : fréquence, durée, effort, rythme, marges de manœuvre, variation et récupération.
Leviers collectifs à étudier : organisation du travail, enchaînement des tâches, variation et contraintes de cadence. -
Déplacements et circuits
À analyser : distances, implantation, organisation du circuit, obstacles et conditions de circulation.
Leviers collectifs à étudier : revoir certains circuits ou implantations et limiter les déplacements évitables. -
Constitution de la palette
À analyser : ordre des colis, évolution de la hauteur de dépose, distances de prise et de dépose et organisation progressive du chargement.
Leviers collectifs à étudier : ordre de préparation, organisation des références, support de dépose et aides disponibles.
Point de prudence : ces exemples ne constituent ni des seuils universels ni une prescription applicable à tous les entrepôts. La prévention repose sur l’analyse du travail réel et des contraintes effectivement rencontrées.
Sources principales : INRS — Facteurs de risque des TMS ; INRS — Démarche de prévention des TMS ; CNAM R498 ; INRS ED 6467 ; CNAM R515 ; Code du travail — R4541.
L’INRS insiste sur l’analyse du travail réel, des marges de manœuvre et des déterminants sur lesquels il est possible d’agir pour transformer les situations de travail.
Les préparateurs eux-mêmes ont donc une place importante dans cette démarche : ils connaissent les détours, les produits difficiles à saisir, les contraintes de circulation et les écarts entre l’organisation prévue et ce qui se passe réellement.
La formation reste utile, notamment pour utiliser correctement les équipements et connaître les procédures de sécurité. Mais elle ne doit pas devenir la réponse unique à un problème d’implantation, de matériel ou d’organisation.
Prévenir les TMS ne consiste donc pas à trouver le geste parfait. Il s’agit surtout de réduire les contraintes évitables et de rendre l’activité réelle plus compatible avec les capacités des personnes qui l’effectuent.
Une douleur apparaît pendant ou après le travail : que faire ?
Une douleur après une journée en entrepôt n’est pas automatiquement un TMS diagnostiqué.
La douleur est un symptôme. Son origine et la conduite à tenir dépendent de sa localisation, de son évolution, des autres signes éventuellement associés et de son retentissement.
L’Assurance Maladie rappelle que le diagnostic d’un TMS repose généralement sur un examen médical et, si nécessaire, sur des examens complémentaires. Le contexte professionnel peut également être étudié lorsqu’une origine liée au travail est envisagée.
Source : Assurance Maladie — Symptômes, diagnostic et évolution des TMS.
Lorsque la difficulté concerne aussi le poste, l’organisation ou le maintien au travail, le médecin du travail et le service de prévention et de santé au travail ont un rôle spécifique.
Lorsqu’un diagnostic ou un traitement médical doit être défini, l’évaluation médicale prend sa place.
Selon le problème, une rééducation, une analyse ergonomique ou une prise en charge ostéopathique peuvent également intervenir avec des objectifs différents.
Pour mieux comprendre le rôle de chacun, consultez notre article Santé au travail : quel professionnel consulter ?.
Quelle place pour l’ostéopathie chez un préparateur de commandes qui a mal ?
Pour une plainte musculosquelettique fonctionnelle compatible avec son champ d’exercice, une consultation ostéopathique peut être envisagée directement lorsque la situation ne nécessite pas auparavant un diagnostic ou un traitement médical.
La première étape consiste à comprendre la plainte :
- depuis quand est-elle présente ?
- dans quelles activités apparaît-elle ?
- quels mouvements sont devenus inconfortables ?
- qu’est-ce qui l’améliore ou l’aggrave ?
- quel est son retentissement au travail et en dehors ?
L’examen permet également d’évaluer si une prise en charge ostéopathique est adaptée ou si une autre orientation est nécessaire.
Lorsqu’elle est pertinente, la consultation peut associer une prise en charge manuelle et des conseils adaptés, avec des objectifs réalistes comme diminuer la gêne et améliorer l’aisance fonctionnelle.
L’ostéopathie occupe ici un rôle complémentaire.
Elle ne remplace pas un diagnostic médical lorsqu’il est nécessaire ni une rééducation lorsqu’elle est indiquée.
Une amélioration individuelle ne signifie donc pas que les contraintes professionnelles ont disparu.
C’est justement ce qui rend les deux niveaux complémentaires : la prévention agit sur la situation de travail ; la prise en charge individuelle s’intéresse à la personne et à sa plainte.
En résumé
Chez un préparateur de commandes, la contrainte ne se résume ni au poids d’un carton ni à une mauvaise posture.
- Le picking associe prises, déposes, déplacements et constitution des commandes.
- Le poids compte, mais ne décrit jamais seul la contrainte.
- Les hauteurs, la répétition, la cadence et le matériel doivent être replacés dans le travail réel.
- La prévention cherche d’abord à agir sur les contraintes évitables et l’organisation du travail.
- Une douleur n’est pas automatiquement un TMS diagnostiqué.
- Les prises en charge individuelles et la prévention professionnelle répondent à des objectifs différents mais complémentaires.
